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La librairie Gwalarn ( à Lannion) a eu l'excellente idée d'inviter Jean-Paul Didierlaurent pour présenter son roman. Le héros, Guylain Vignolles, a pris l'habitude de lire aux habitués du RER de 6h27 les quelques feuilles qu'il sauve chaque jour de la destruction. En effet, il travaille dans une entreprise où oeuvre la sinistre Zerstor, machine monstrueuse qui mâchonne les livres invendus (admirez l'allitération à la Victor Hugo !). Quelle horreur pour un lecteur de devoir anéantir ce qu'il aime ! Guylain partage son appartement avec un poisson rouge Rouget de Lisle, confident peu causant de ce solitaire. Tout va changer pour notre jeune homme quand il trouve une clé USB dans le RER... L'auteur aime les mots et cela se sent ! Ils sonnent comme une petite musique. Il  aime les êtres un peu paumés, un peu à part et nous fait découvrir leur richesse et leur humanité qu'il s'agisse des résidents d'une maison de retraite ou d'une dame pipi.

Ce court roman est une belle fable sur l'amour de la littérature et le respect des humains que la vie a un peu cabossés.

Cette lecture m'a rappelé un texte que j'ai écrit en 2013 pour l'atelier de Skriban qui avait comme personnage principal une dame pipi. Je vous laisse le découvrir...

Dire que j’ai fui mon dernier poste en raison des OBJECTIFS inatteignables que la direction nous fixait ! Je ne pensais pas que la SNCF se soucierait un jour de « rentabiliser » son service pipi-room… Maintenant, je dois écouler 200 pochettes : papier toilette / essuie-mains à la lavande pendant la journée pour parvenir à mon quota et les clients sont avertis aimablement que notre conversation peut être enregistrée pour améliorer la qualité du service. Nous avons des éléments de langage à utiliser : « Bienvenue à l’espace sanitaire de la gare Saint-Lazare ! Le papier-toilette est fabriqué en France, sa traçabilité est optimale ! Nous espérons que votre miction vous a donné la plus grande satisfaction ! ». C’est l’horreur mais à qui puis-je confier mon désarroi devant tant de bêtises ? Noisette est bien gentil mais un écureuil de compagnie n’est guère loquace !
43 ans ! Et un boulot de dame-pipi… Youpi ! Je pleurerais bien sur mon sort mais je suis au boulot et nous sommes filmés. Le cahier des charges quant au comportement est très précis : tenue élégante (nous sommes des hôtesses d’accueil), maquillage discret, sourire exigé (nous sommes heureuses d’être au travail). Le tricot, la lecture, les mots croisés sont interdits. Ces activités ne correspondent pas à l’image jeune que la SNCF veut donner des ces hôtesses espaces sanitaires et surtout peuvent laisser penser à l’usager qu’on se la coule douce ou qu’on s’ennuie.
Inutile de pleurer sur mon glorieux passé : mes jobs à 10 000 euros mensuel et le mari qui allait avec : un mannequin de dix ans mon cadet que j’avais choisi dans la meilleure agence matrimoniale de Paris. Mon intransigeance, mon caractère emporté, mes coups de colère ont fini par lasser et comme Cendrillon à minuit, je suis passée de directrice marketing à dame-pipi…
Mais le changement, c’est maintenant !
Moi, Fleurdelise Bérochu, décide de faire raquer les plus riches : pochettes surtaxées pour les nantis et pochettes gratuites pour les usagers modestes !
Moi, Fleurdelise Bérochu, décide d’introduire dans toutes les pochettes VIP du poil à gratter !
Moi, Fleurdelise Bérochu décide de continuer à sourire mais ironiquement pour montrer que je ne suis pas dupe de cette mascarade !
Moi, Fleurdelise Bérochu, décide de venir au boulot en charentaises ! La caméra ne peut pas surveiller sous mon bureau !
Moi, Fleurdelise Bérochu, je me lance dans la Résistance !
C’est Noisette qui va être fier de moi…