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Cuba dans les années 1950, le quotidien à Preston, ville "réservée" aux Américains qui travaillent à Unifruitco, compagnie sucrière qui exploite les terres de pratiquement toute la région de l'Oriente. Le décor est idyllique lorsqu'on habite La Avenina, l'avenue où résident les cadres de l'entreprise. Ils ont reconstitué une Amérique améliorée, l'argent coule à flot, et les domestiques vous procurent un confort sans pareil. Rachel Kushner fait intervenir plusieurs narrateurs dans son récit. L'un d'eux, K.C Stites, le fils du directeur de la compagnie, n'est qu'un enfant au début de l'histoire.

L'auteur a l'intelligence de ne pas lui prêter une pensée plus critique qu'il n'est possible à son âge. Il vit, heureux, comme un coq en pâte, et le sort réservé aux ouvriers, leurs habitats misérables, la discrimination ostentatoire, rien ne le choque. Le monde est ainsi et lui aime son existence, paradis exotique où l'argent rend tout facile.
Peu à peu , d'autres narrateurs prennent le relais, une autre enfant Everly Leveler dont le père vient d'être nommé cadre dans une usine de nickel , proche de Preston. Venant des USA, son regard est une peu différent de celui de KC. Tout ne semble pas lui aller de soi.
Vient ensuite Maurel, Français au passé et au présent très trouble, agitateur, marchand d'armes, homme extrêmement complexe qui contemple avec cynisme la montée en puissance des frères Castro et la perte d'influence des Américains.
Pendant la lecture de ce roman, le lecteur oublie qu'il est en 2014, il est plongé dans le Cuba d'avant l'ère castriste et se délecte des multiples personnages dépeints par l'auteur, des paysages des Tropiques, du monde que Rachel Kushner reconstitue avec une incroyable maestria !
A la fin du roman, KC reprend la parole et murmure à notre oreille sa nostalgie de son paradis perdu, une très belle conclusion.