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Depuis mes études de Lettres, je garde une grande fascination pour Marcel Proust et Henry James. Fascination pour leur oeuvre ? A vrai dire, pas seulement... Je m'interroge surtout sur la capacité de ces deux hommes, connus pour leur santé fragile exigeant une vie assez retirée et leur égocentrisme avéré, à transcrire avec tant de justesse la vie dans tout son éclat. Alors, pour répondre à ma question (et aussi pour le plaisir de la lecture), je traque tous les livres et en particulier les romans qui éclairent des pans de leur existence. Pour Henry James, j'ai commencé par l'excellent "L'auteur ! L'auteur !" de David Lodge et j'ai enchaîné par "Le Maître" de Colm Toibin, encore plus subtil à mon goût.

Évidemment, je me suis jetée sur "La dactylographe de Mr James" avec un enthousiasme débordant, un peu douché et pas seulement par le climat pluvieux de Rye, la ville du Sussex où réside l'écrivain. Michiel Heyns a pris le parti de nous montrer James à travers les yeux de sa dactylographe, Frieda Wroth, jeune femme de 23 ans.

Ce personnage est proche de Théodora Bosanquet, secrétaire engagée par l'écrivain sur ses vieux jours. L'auteur, ici, lui prête un regard acéré, une ironie assez mordante derrière une apparence de déférence polie. Elle est considérée dans la maisonnée comme un prolongement de sa machine et peu lui accordent de l'importance, si ce n'est Morton Fullerton, ami d'Henry James dont les moustaches frétillantes ne laissent pas la jeune Frieda indifférente. Pendant quelques années, nous suivons son quotidien entre les séances de dictée sous la conduite de l'imagination fantasque et de l'attention tatillonne de James à chaque mot, les promenades avec Max, le chien de la maison et la recherche pour le sémillant moustachu de lettres compromettantes qu'il aimerait récupérer avant la mort du Maître. Tous ces micro-événements ne nourrissent pas vraiment son lecteur et les apparitions d'Edith Wharton, telle une tornade salvatrice pour l'écrivain ne sauvent pas l'ensemble d'une certaine monotonie. J'ai trouvé cette lecture plaisante mais comme diraient mes deux filles adolescentes, dans la "battle" entre David Lodge, Colm Toibin et Michiel Heyns, ce dernier ne recueille que la troisième place...