Source: Externe

Anne Percin a cette qualité que je traque chez les écrivains : le mot juste. Quand elle dépeint les vacances d'été des deux soeurs Catherine et Angélique chez leurs grands-parents en Haute-Saône, le lecteur se trouve transporté dans La France rurale des années 80. Le quotidien des deux adolescentes chez Pépé et Mémé entre le ramassage des haricots le matin, les courses au bourg où la grand-mère s'arrête tous les cinq pas pour faire la causette, les après-midi à la piscine qui abritent les amours naissantes entre ceux du cru et celles de la ville, tout sonne vrai. Les filles mangent des Krémas, boivent du Citror, écoutent Etienne Daho, lisent Podium et font les tests pour savoir "Quelle sorte d'amoureuse elles sont".
L'auteur sait évoquer les gens simples, les jours qui passent sans réel temps fort, la vie qui transforme les deux soeurs en presque femmes.


L'été du roman, Catherine a seize ans et Angélique dix-huit. L'aînée commence à s'intéresser au sexe opposé et la cadette regrette leur complicité d'antan, quand il n'y avait qu'elles deux contre "le monde entier". Cet été nous est raconté par Catherine dont les sens s'éveillent et que ce changement affole. Elle devient un être "désirant" et accepte difficilement cette évolution. La société d'ailleurs lui rappelle par l'intermédiaire des magazines féminins que les filles ne doivent pas aller trop loin dans certains "domaines". Seulement voilà elle tombe par hasard lors d'une de ses promenades à travers la campagne sur un jeune homme nu qui, loin du regard des autres, offre son corps à la chaleur du soleil d'août. Son coeur, plutôt que sa raison s'emballe et c'est le début d'une histoire qu'elle enfouiera ensuite au fond de sa mémoire.
Tout est juste aussi dans la relation que cette jeune fille entretient avec son corps qui change, avec les autres ados qui lui semblent superficiels, avec la communauté villageoise et son comportement conformiste et moutonnier. Tout est vrai jusqu'à ce geste empreint d'amour et de chagrin quand elle écrit sur une poutre du grenier le doux prénom de Sébastien.
Un grand moment d'émotion, un grand livre qui parle de la différence d'une manière qui m'a touchée au coeur.
Merci Anne Percin.