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Ils se sont reconnus immédiatement : la douceur de son sourire à elle, l'étincelle d'ironie dans son regard à lui. Quelle était la probabilité qu'ils se croisent dans cette marche républicaine du dimanche 11 janvier 2015 à Paris ? Lui habite maintenant la capitale, elle vit toujours en Bretagne. Ils sont venus pour témoigner de leur attachement à la liberté.

Lycée de L'Iroise, Brest, année 1986, photo de classe des Terminales L, son pull bleu à col roulé à elle, son keffieh contestataire à lui. Ils n'étaient pas faits l'un pour l'autre sur le papier , sa discrétion de petite souris, sa grande gueule à lui.

Quand à la rentrée, il avait débarqué au premier cours avec un quart d'heure de retard et une mauvaise excuse aux lèvres, elle l'avait jugé grossier et fanfaron. Quand à la cantine, il lui avait offert une rose fabriquée avec des épluchures d'oranges, il lui avait semblé moins bête...

En s'installant en cours pour la première fois dans ce nouveau lycée, il avait remarqué cette fille si bien rangée aux yeux chargés de mépris. Et puis, un autre jour, il l'avait vue dans la cour contempler une mésange bleue, absorbée par l'oiseau, isolée des autres lycéens. Elle lui avait semblé fragile.

Février 1986, le voyage à Paris, un zeste de Musée d'Orsay, une pincée de Louvres et leur cadenas sur le pont des Amoureux dans les lumières de la ville, ce soir-là, si douces.

Et puis, l'amour et l'enfant... Deux enfants qui élèveraient un enfant ? Irresponsable, inconcevable, inenvisageable ont dit les parents. Ils ont plié et cette décision les a séparés : elle avait perdu son doux sourire, lui sa perpétuelle ironie.

Dimanche 11 janvier 2015, ils se sont reconnus immédiatement.

 

Ce texte est ma première participation à l'atelier d'écriture de Leiloona. Mon texte s'inspire de la photo proposée, elle est de Julien Ribot.