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 Un samedi par mois convergent vers une petite localité des Côtes d'Armor, Buhulien, des brodeuses de l'école de Pascal Jaouen. Elles se réunissent pour une journée de cours et des rituels ont fini par s'installer au fil des années. L'arrivée de Pascal déclenche généralement un attroupement : notre coq en pâte (certaines dames lui offrent des éclairs au chocolat, son péché mignon) se voit entouré de poulettes (de tous les âges) et ça glousse et ça caquète !

   La cour de notre" roitelet", essentiellement féminine, peut se ranger en différentes catégories, reconnaissables au sac et aux accessoires :

la groupie a  le tote bag Pascal Jaouen, la boîte pour les fils Pascal Jaouen, le tambour à fesses (si, ça existe et on ne rigole pas, il est très pratique !) Pascal Jaouen et arbore sur un vêtement (veste ou poche de pantalon ) une broderie créée par... Pascal Jaouen.

La transfuge du point de croix a un look plus classique. Elle aime les tenues sobres et se permet juste une petite fantaisie : un badge avec son prénom au point de croix bien évidemment. 

La sportive ou marathonienne de la broderie a un sac hyper pratique et de multiples boîtes de rangement, sa bouteille d'eau, ses barres de céréales et s'est préparée pour le midi un pique-nique sain et équilibré.

La cosmopolite profite de ses voyages pour acheter de quoi  frimer devant les copines. Moi, par exemple, je prends un sac trouvé en Cornouailles anglaises, une trousse offerte par Cher et Tendre Place Saint-Marc à Venise et mon stylo pour décalquer les motifs vient du château Saint-Ange à Rome. 

   A 9h30 pétantes, la présentation des modèles pour le deuxième trimestre commence et vient le choix cornélien : du glazig, de l'appliqué, du passé empiétant. Allez, hop, je décide de me lancer dans un mixte : une fleur qui mêle appliqués et broderie glazig.

 

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   Après, c'est la foire d'empoigne pour dénicher le modèle convoité dans les piles entassées dans des caisses, pour obtenir le tissu souhaité sur la table où ils sont présentés. Euh, fi de la politesse, la salle prend des allures de grand magasin le premier jour des soldes. Sortie indemne de l'épreuve, je regagne ma place et je défroisse mes plumes de poulette qui ont un peu souffert pendant la bagarre.

   Le calme revient, les feuilles de papier carbone tachent les doigts et parfois les tissus mais bon an mal an, le modèle est décalqué et commence le meilleur : les premiers points de broderie.

   Il est l'heure de faire sagement la queue pour que Pascal nous montre les points à réaliser (Il y a certaines, je ne dirais pas les noms, je ne suis pas une balance, qui grillent la priorité : je vous l'assure, ce cours, c'est parfois "Struggle for life" ). Pédagogue, précis, inventif, Pascal est à l'écoute de chacune. Son langage n'est pourtant pas toujours "politiquement" correct, sa gouaille fait aussi partie du personnage. La phrase qui revient le plus souvent pour celles qui ont la comprenette un peu lente , c'est "Mais t'es cloche ou quoi, ma pov' fille !" avec un accent breton (bannalecois pourrais-je préciser pour les initiés) prononcé . Ne jugez pas trop vite, ces dames adorent être traitées de cloche ou de nouille parce qu'elles savent qu'il n'y a aucune injure, juste de la moquerie finistérienne. Je me souviens encore de cette mamie, très BCBG , riant aux éclats après que Pascal lui ait parlé de "son aiguillée de grosse feignasse".

   La journée s'écoule, on papote à voix basse, on s'étire pour calmer les douleurs au dos, on fait un tour de salle pour regarder le travail réalisé par les autres.

   L'ouvrage avance doucement, les fils de soie aux couleurs chatoyantes apportent gaieté et apaisement. La broderie Glazig est celle que je préfère, elle me rappelle mes origines et m'aide dans les moments difficiles, elle illumine les jours un peu gris.

   16h30 : clap de fin, il est temps de ramasser les pièces de lin, d'organdi ou de drap où la broderie a commencé à imprimer sa marque. Prochain cours dans un mois. La pov' fille va mettre ce temps à profit pour réaliser le travail donné par le maître de cérémonie, le roi aux allures de farfadet.

RDV le 28 février

 

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