Source: Externe

 

  Lecture marathon  terminée hier soir ! Ce roman appartient au club assez fermé des livres dont je ne peux décrocher. Il ne s'agit pas d'un page-turner, ce qui retient le lecteur, c'est la personnalité d'Eden Bellwether, son Complexe et les conséquences que celui-ci risque d'avoir pour son entourage. 

 

   Eden Bellwether vit et étudie de nos jours à Cambridge. Il est issu d'un milieu extrêmement favorisé et n'a à s'inquiéter que d'obtenir les meilleures notes possibles pour satisfaire un père chirurgien de renom. Son domaine de prédilection est la musique et il joue de façon extraordinaire de l'orgue. Sa musique va attirer, comme malgré lui, Oscar Lowe, un jeune homme d'origine modeste, dans la chapelle de King's où il est organiste assistant. Oscar va y faire la connaissance d'Iris, la soeur d'Eden, qui va rapidement le séduire. Il découvrira aussi les amis proches de celui-ci , Marcus, Yin et Jane. Ce groupe gravite autour du musicien , fascinant certes mais surtout terriblement égocentré. Il est animé d'une idée, d'une obsession : la musique peut guérir et se fait en quelque sorte la main depuis l'enfance sur sa soeur qu'il blesse afin d'essayer de la soigner.

 

   Oscar, qui n'appartient pas au premier cercle, comprend rapidement qu'Eden souffre d'un complexe narcissique et que guérir par la musique ne serait pour lui qu'un moyen de faire éclater au grand jour son génie. Il a ce recul que les membres de la famille Bellwether sont incapables d'avoir : comment accepter qu'un fils, qu'un frère puisse être atteint d'une sorte de folie ? Il a ce recul que les malades, au stade terminal d'un cancer comme Herbert Crest, psychologue de renom, ne veulent plus avoir : guérir par la musique est le "fol espoir" de cet homme, du titre du dernier essai qu'il rédige et qui traite de sa maladie.

 

   Pour moi, dans ce roman, il y a deux chemins à suivre. Benjamin Wood nous fait vivre cette histoire à travers le regard d'Oscar, aide-soignant dans une maison de retraite, qui a quitté sa famille à 17 ans pour fuir une vie toute tracée. Il est attiré par la culture, grand lecteur, d'une intelligence vive mais il ne se croit pas capable de franchir la frontière invisible qui sépare les étudiants dans leur "collège" et les petits gars comme lui qui ont plus vocation à devenir maçon ou garagiste. La rencontre avec Iris lui permet de passer la frontière, de côtoyer puis d'appartenir au milieu étudiant.

 

  Le lecteur suit en parallèle, avec un malaise grandissant, la montée en puissance du délire d'Eden. Son intelligence, tournée uniquement vers la reconnaissance par les autres de sa supériorité, l'amène à concevoir des projets de plus en plus ambitieux : guérir sa soeur d'une fracture du fémur, guérir un vieil homme d'une tumeur au cerveau et puis après... voir ses méthodes adoptées et plébiscitées ? Hanté par une sorte de folie, il ne peut agir que grâce à la protection de ceux qui devraient le dénoncer : famille, amis, malades mais et c'est peut-être là la clé du roman : l'aveuglement sur les agissements de ceux qui nous sont proches ou de ceux qui prétendent nous sauver de la mort.

 

Un roman dérangeant mais puissant !

Yv en parle très bien ici . Marine Landrot dans "Télérama" n'est pas en reste.