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   Roman lu et relu dans la même journée... Jean-Philippe Blondel a une écriture faussement simple qui éveille toujours en moi un intérêt et un questionnement durable. Victor, le personnage principal, jeune provincial, vient d'obtenir brillamment son bac. Il a postulé pour entrer en hypokhâgne au prestigieux lycée D. à Paris, qui a accueilli favorablement sa demande. A la rentrée 1984, il intègre donc une classe pour "les purs-sangs", ceux à qui l'on répète en boucle qu'ils constitueront l'élite de la Nation. Perçu par ses condisciples et ses professeurs comme un percheron, il passe en deuxième année, en khâgne. Il est vrai que l'absence totale de vie sociale pendant une année entière favorise un travail acharné.

   La deuxième année débute, Victor la pressent encore d'une solitude extrême. Il noue cependant de fragiles liens avec Mathieu, qui arrive de Blois et est frappé du même ostracisme. Courant octobre, Victor est en cours d'Anglais quand les élèves entendent une porte qui claque, celle de la classe de Lettres de l'autre côté du couloir, un "connard" retentit, quelques secondes passent et puis un cri : quelqu'un s'est défenestré... C'est Mathieu.

   Jean-Philippe Blondel va garder à cette mort tout son mystère, nombreux seront ceux qui chercheront à donner un sens à cet acte mais il n'y aura pas de réponse définitive. A-t-il franchi la balustrade parce que Clauzet, leur professeur, s'est montré encore plus odieux que d'ordinaire ? Ressentait-il trop fortement la pression en classe préparatoire, cette fameuse classe supposée séparer le bon grain de l'ivraie, les forts des faibles ?

   Victor, étiqueté un peu rapidement ami de la victime, devient soudain intéressant. Une aura dramatique l'entoure et le voilà introduit dans le cercle des "Populaires". Ce malentendu lui ouvre la porte des cafés où les "happy few" se réunissent, la porte des soirées dans les quartiers huppés et lui ouvre même le coeur d'une demoiselle "formatée" pour épouser quelqu'un de sa caste. Notre jeune homme se laisse porter par cette vague de sympathie qui va l'amener à rencontrer le père de Mathieu, un homme devenu l'ombre de lui-même à la recherche de ce fameux pourquoi qui a motivé son fils à se suicider. Une relation "biaisée" s'établit entre eux : un père qui est en recherche d'un fils, un garçon que des études poussées ont éloigné de sa famille à l'horizon intellectuel plus limité.

   Ce roman parle de cet âge tendre où la mue s'opère, où l'adolescent devient peu à peu adulte. C'est l'âge de tous les possibles, de tous les égarements, de tous les dangers. Tout au long de mes lectures, je me suis demandée si Jean-Philippe Blondel,qui avait l'âge de ses héros en 1984, avait entendu ce cri, un cri qui continuerait de le hanter...

 

   A écouter absolument