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   La nostalgie a un parfum, pour Nicolas Delesalle, c'est celui de l'herbe fraîchement tondue. Cette odeur le ramène à un après-midi de son enfance où, installé dans le canapé du salon, fenêtre ouverte, entouré par les siens qui vaquent à leurs occupations, il s'est senti bien. Il ne se passait rien d'exceptionnel, son père passait la tondeuse, sa mère téléphonait, ses soeurs étaient à l'étage, occupées à des "trucs" de filles qu'il ne cherchait surtout pas à comprendre. Et pourtant, cet instant s'est figé dans sa mémoire, pour quelle raison ? Peut-être parce qu'il a eu conscience à ce moment précis qu'il était bien, un bonheur tranquille, simple, un bonheur d'enfant.

   Dans son livre, l'auteur nous fait partager des "morceaux" de sa vie, qui peuvent sembler anodins mais qui, pour lui, ont opéré les subtils changements qui ont fait de lui un adolescent puis un homme. Il y a l'arrivée dans la famille du berger allemand Raspoutine quand il a huit ans et sa mort quand il est jeune adulte. Il y a ses parents qui de "héros" de son quotidien deviennent au fil des années des personnes plus fragiles; ses soeurs qui, avant lui, quittent l'enfance pour devenir des "mini" femmes qui le décontenancent. Il y a l'école, les professeurs, les copains, les cousins, les vacances, le voisin Totor, qui vous "donne" un coin à cêpes en échange de votre silence sur ses piètres talents de chasseur.

   Tous ces souvenirs sont merveilleusement racontés dans une langue qui mélange drôlerie des formules et vraie nostalgie dans le propos. Ces souvenirs nous rappellent bien évidemment les nôtres et cette plongée dans le temps "d'avant" est à la fois douce et douloureuse.

Une belle découverte ! Interview de l'auteur ici 

Petit extrait

  " Ce n'était pas la première fois que j'étais bien, c'était la première fois que je le comprenais. Et je suis entré de plain-pied dans le temps, un peu comme on plonge enfin dans l'eau fraîche de l'océan après avoir mouillé ses pieds, en hésitant pendant des plombes dans les vaguelettes de la prime enfance. J'ai compris que j'étais bien. J'ai compris que j'étais content d'être bien. J'ai compris que c'était fragile, éphémère, un instant, jamais une vie, un hasard, jamais un dessein."