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   Un précédent roman chroniqué : "Un parfum d'herbe coupée" débute par la dernière phrase que le grand-père de l'auteur lui a adressé. C'était le jour de l'enterrement de la grand-mère, le vieil homme, atteint d'Alzheimer, se reposait sur un canapé dans le salon après la cérémonie. A son réveil, il s'est adressé au narrateur et son "dernier mot pour la route" a été : "Tout passe, Kolia. Tout passe, tout casse, tout lasse." De quoi plomber le moral du petit-fils, qui le confie, quelques pages après, il aurait préféré un message ultime plus léger, comme par exemple : "Kolia, je prendrais bien encore un peu de profiteroles".

   Dans la BD de Lupano et Cauuet, trois septuagénaires se retrouvent dans des circonstances analogues : l'enterrement de Lucette, la femme d'Antoine. Pierrot, vieil anar qui vit dans un appart où les souvenirs et la poussière s'accumulent et Mimile, ancien baroudeur, coincé dans une maison de retraite, se débrouillent comme des manches et arrivent en retard pour la cérémonie. Le veuf les apostrophe "J'aurais dû vous dire que c'était un apéro, vous seriez peut-être arrivés à l'heure." le ton est donné ! Les trois hommes reforment le trio de de gamins qui jouaient dans le pré voisin de la maison d'Antoine et partaient à la conquête du monde, dans leur cabane, transformée en vaisseau pirate.

Ils sont âgés, le meilleur semble derrière eux et les souvenirs constituent l'essentiel de leurs conversations. "Tout passe, tout casse, tout lasse". Oui mais, ce fameux mais qui change les destinées, Lucette a laissé une lettre pour son mari chez La Brousse, le notaire ! Cette lettre met Antoine tellement en colère qu'il débarque en coup de vent chez lui, embarque son fusil, remonte dans sa voiture et démarre en trombe sous les yeux ébahis de ses deux vieux copains. Il n'y a pas d'âge pour être jaloux, Lucette lui a avoué une liaison avec son ennemi juré, il s'en va lui trouer le caisson, cinquante ans après les faits. Pas de prescription pour les galipettes ! 

   Nous voilà parti sur les routes qui mènent en Toscane où réside le suborneur de femme mariée, Antoine est talonné par Pierrot et Mimile dans la camionnette pilotée par Sophie, la petite-fille d'Antoine, enceinte de sept mois d'un géniteur qu'elle garde secret. Finie la sinistrose, les rhumatismes qui vous gâchent la vie, la camarde qui vous fait de l'oeil, et viva l'aventura !

   Quel bonheur, cette BD, solaire alors que les trois hommes pour reprendre le cliché sont au soir de leur existence ! Les personnages sont croqués avec gourmandise, leurs physiques ne sont plus ceux de jeunes premiers mais leur palpitant demande encore des sentiments, des voyages, de la vie pour faire simple ! C'est drôle et nostalgique... Tiens comme le livre de Nicolas Delesalle, la boucle est bouclée, mon article est terminé !