Source: Externe

      Emile a quinze ans, un QI supérieur à la moyenne et une sensibilité à fleur de peau, trois raisons déjà suffisantes pour ne pas être très à l'aise dans ses baskets. Il vit à Montargis, sa famille loge dans une caravane. C'est une solution provisoire, en attendant que la mairie leur délivre le permis de construire leur maison. Notre jeune homme va nous raconter par le biais de son journal intime quelques semaines déterminantes de son existence.

   Il se sent souvent "étranger" au milieu des siens. Sa mère se préoccupe de son avenir et lui met une énorme pression sur ses résultats scolaires mais ne manifeste que très peu ses sentiments, aussi peu prodigue de mots doux que de gestes tendres. Son père est "trop" : trop fort en gueule (ce qui peut être une qualité dans son métier de VRP), trop exubérant, trop vantard, habitué à mélanger le vrai et le faux, un sanguin qui passe toujours d'un extrême à l'autre. Le frangin, Fabrice, engagé dans l'armée, est aussi un curieux mélange de brutalité et de gentillesse. Emile rêverait de les échanger, de les métamorphoser en "bourgeois" cultivés à la richesse discrète. Au sein de sa famille, il se sent un presque rien, un ado sans intérêt, au physique tellement falot que ses parents le teignent en blond depuis qu'il est petit, histoire se dit-il de lui donner un peu d'éclat.

   Et puis arrive Pauline... Il la croise au lycée, regarde en sa compagnie un match de tennis, comprend qu'il a trouvé sa moitié d'orange ! Seulement sa moitié d'orange appartient à un milieu social très différent du sien, son père est un chef d'orchestre très connu, elle habite les beaux quartiers et Emile se demande comment leur histoire pourrait exister. Sa belle joue du violon et l'invite à un concert à La Fenice à Venise pendant les vacances de Pâques. Notre héros, qui lui a dissimulé avec le plus grand soin sa situation familiale, lui répond avec naturel que bien sûr, il assistera à son concert. Oui mais maintenant,comment va-t-il faire pour être à Venise, le jour dit ?

   Ivan Calbérac va nous entraîner dans un road-movie loufoque : Emile prend bien la route pour la Sérénissime mais avec sa famille-boulet au grand complet. Ils se traînent sur la route car la voiture peine à tracter la caravane, ils sont même doublés par un cycliste et entre les arrêts pour les pauses pipi et les pauses casse-croûte, notre amoureux désespère d'arriver à temps...

    L'auteur a réussi à m'embarquer avec eux, Emile nous raconte leur périple jour après jour et son regard décalé sur les "choses" les plus ordinaires rend la lecture très plaisante. Ses descriptions du trajet en voiture, des aires d'autoroute, du camping de Fusili, du concert à la Fenice sont un pur régal !

Petits extraits 

" Le gros cliché, c'est qu'il faut forcément être drôle. Quand on voit le nombre de mecs sinistres qui se trimballent avec des filles trop mignonnes à leur bras, je pense que l'humour pour séduire les filles, c'est comme le Grand-Marnier dans la recette des crêpes, ça parfume, mais c'est loin d'être l'élément de base."

" Le problème , quand on a honte de sa famille,c'est qu'en plus on a honte d'avoir honte. C'est quelque chose entre la double peine et le triple cafard."

" Franchement, il y a tellement de contradictions en moi que je m'y retrouve plus et qu'à table, certains soirs, au moment du dessert, je sais même plus si je vais choisir une crème au chocolat ou une compote, ça devient grave, quand même."

 Un livre où le trivial et le poétique se mêlent pour notre plus grand plaisir !

Source: Externe