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   Jessie Burton décrit avec tant de détails Amsterdam, le Herengracht, l'avenue au bord du canal où se situe la maison du Seigneur Johannes Brandt, l'intérieur de sa somptueuse demeure que le lecteur croit rentrer dans un tableau de maître du XVIIème siècle. Elle restitue avec exactitude et sensibilité l'atmosphère particulière de la ville tiraillée entre l'étalage de ses richesses et l'humilité voulue par l'Eglise.

   Nella Oortman arrive à la mi-octobre 1686 chez Johannes Brandt. Elle l'a épousé il y a deux mois et a quitté Assendelft, sa ville natale pour venir occuper son nouveau rôle de femme mariée et de maîtresse de maison. Seulement, du haut de ses dix-huit ans, personne ne semble la prendre au sérieux. Son mari, marchand audacieux et prospère n'est que rarement présent et quand il s'aperçoit de sa présence, il la traite en enfant. Sa belle-soeur, Marin, tient les rênes de la maison et ne manifeste aucune volonté de partager ces prérogatives et les deux domestiques la servent sans lui montrer de respect particulier. Elle s'interroge sur son devenir, loin de sa famille, isolée au coeur d'une maisonnée qui lui paraît hostile.

   Son mari lui offre un curieux cadeau de mariage, une immense maison de poupées qui reproduit à l'identique leur intérieur. Drôle de présent ! Il est plutôt destiné aux fillettes pour qu'elles apprennent en jouant à devenir des maîtresses de maison accomplies. Qu'importe ! Nella s'ennuie tellement qu'elle décide de meubler celle-ci et fait appel à une miniaturiste qui, très rapidement, ne se contente plus de lui faire livrer les objets demandés : luth ou coupe de mariée. Arrivent sous forme de poupées la famille au grand complet, les deux chiennes, le perroquet perdu de Nella, un berceau... Ces paquets sont accompagnés de messages sybillins que la jeune femme peine à comprendre. Sa correspondance avec la miniaturiste reste sans réponse.

   Les journées passent et Nella découvre peu à peu que sous les dehors de la respectabilité, les Brandt mènent une existence peu académique. Johannes et sa soeur ont en commun un goût pour l'exotisme, une volonté de vivre jusqu'au bout leurs passions même si le clergé et la bourgeoisie réprouvent, voire abhorrent celles-ci. La jeune épousée en vient à supposer qu'elle leur sert de paravent, son mari offre à la cité ce qu'elle veut voir : un bon père de famille et un riche commerçant. Ne serait-elle qu'une marionnette dont les Brandt tirent les ficelles ?

   La maison de poupées reflète en miniature leur vie, annonce même aussi les événements qui vont venir bouleverser en profondeur cette famille bien établie. A la frontière du fantastique, l'auteur prête à cette miniaturiste des dons pour sonder l'âme humaine et prévoir les dangers qui menacent ceux qui veulent s'affranchir des règles strictes d'une Amsterdam corsetée par la religion et le qu'en dira-t-on. Nella est contrainte de prendre en main la destinée des Brandt, elle qui en est venue à les aimer avec leurs singularités. Ce personnage est extrêmement attachant, mélange d'ingénuité et d'intelligence, plus à l'écoute de ses sentiments que des lois édictées par une cité qui cache bien des vices sous l'apparence de la vertu.

Un splendide roman qui nous offre un tableau d'Amsterdam au siècle d'or du commerce maritime, mais aussi une étude de moeurs passionnante, teintée d'une touche de fantastique particulièrement réussie.

 

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tableau de Jacob Van Campen