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   La couverture illustre bien la quête de Lucie, jeune quadragénaire : trouver chaussure à son pied ! Les couleurs vives, la chaussette rose à fleur, les deux "looks" décalés et drôles  semblent annoncer un roman à ranger sur l'étagère chick-lit de votre bibliothèque. "L'habit ne fait pas le moine", la chaussure encore moins ! Rachel Corenblit nous présente un tableau très sombre de la solitude dans notre société contemporaine.

   Le roman s'ouvre sur des portraits, juste des esquisses mais très détaillées d'hommes lors de l'exercice périlleux du speed dating. Ils sont vus au travers du regard de Lucie et elle porte sur eux des jugements sévères, sans aucune indulgence. 

" Celui qui a des mocassins. En cuir retourné. Avec des pompons."

" Celui qui termine chacune de ses phrases par : c'est clair. C'est clair. Et elle lui explique que sa vie n'est pas simple et que son travail lui prend du temps et que ce n'est pas facile, de faire confiance, d'entamer une relation et il répète : c'est clair..."

   Lucie vit seule depuis trois ans, elle a quitté Pascal, son compagnon de longue date car elle en était venue à haïr tout ce qu'elle aimait chez lui au début. Elle habite dans un petit appartement à peine meublé et consacre beaucoup de temps à son métier de professeur des écoles. Du temps, il lui en reste pourtant beaucoup et il lui permet de se lancer dans la recherche de l'homme de sa vie. Rachel Corenblit ne lui épargne rien, ne nous épargne rien : notre coeur solitaire fait chou blanc au mariage d'une lointaine cousine, ne trouve pas sa future moitié sur son lieu de travail ni parmi les parents d'élèves, ne parvient pas à renouer une relation avec un ancien copain de fac. Elle ne baisse pas les bras, s'inscrit sur un site de rencontres, envisage de participer à "L'amour est dans le pré", participe à un voyage en Tunisie pour célibataires mais en vain...

   Le problème vient-il des hommes sur lesquels elle ne sait plus poser que des mots durs, âpres, violents ? Le problème vient-il d'elle que la solitude fait sécher sur pied et qui envisage l'achat d'un poisson rouge pour lui tenir compagnie ?L'auteur nous fait partager les doutes de son héroïne sur l'existence d'un homme idéal, la colère qui l'envahit quand elle repense à son ex, l'amertume qui la submerge parfois et la solitude dans laquelle elle se noie.

   Le style est à l'image de Lucie : précis, sec, coupant, cassant. Il montre sa souffrance et les dégâts opérés par sa situation. Un homme, devant sa moue dédaigneuse face à son physique quelconque, ose lui dire ce qu'elle est devenue : "Tu es froide. Tu es laide. Et tu fais peur. " Les quelques phrases prononcées ce soir-là l'incitent peut-être à moins de sévérité, à rentrer de nouveau dans la danse, même si l'homme qu'elle va choisir lui marche un peu sur les pieds et n'épouse pas parfaitement le rythme de son corps.

Le roman de Rachel Corenblit est "rugueux", il nous rappelle que notre société hyperconnectée n'a jamais connu un tel nombre de personnes vivant seules : " Ultra Moderne Solitude" chanterait Alain Souchon.

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