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   Françoise Joyeux, notre héroïne, va devenir gouvernante à la suite de la faillite du restaurant qu'elle tenait avec son mari Michel, dans le Sud de la France. Ce n'est pas une vocation, juste une planche de salut qui arrive à point nommé. Son premier contrat, son premier pas dans l'univers des "nantis" de la planète, elle le signe avec le couple Mac Linley, des écossais qui possède le château de Margery dans le Lubéron. Elle est en charge du ménage, de l'entretien et du service. Son époux, lui, est embauché au titre de cuisinier,chauffeur, gardien. La multiplicité de leurs tâches n'empêche pas les Mac Linley de lésiner sur leurs gages, estimant probablement que nos deux prolétaires français ont déjà de la chance de pouvoir vivre dans un cadre sublime et de côtoyer le meilleur monde, même si c'est uniquement pour le servir !

   Au moment où démarre l'histoire, Françoise vient de toucher un pactole inattendu et décide de quitter ses fonctions de gouvernante. Avant de passer à un autre chapitre de sa vie, elle entreprend de nous initier aux arcanes du gotha, aux us et coutumes des riches et passe en revue les différents employeurs qu'elle a connus. Les portraits, qui rappellent Les  Caractères  de La Bruyère, sont acérés, caustiques et font toujours mouche. Nous faisons successivement connaissance avec ses différents employeurs.Elle démarre donc sa carrière avec les Mac Linley, persuadés que le réel doit se plier à leurs exigences et leurs employés à leur moindre désir.

"Leurs ordres étaient bi-goûts, badins comme des invitations, contraignants comme une coloscopie.Plus la voix de Madame était sucrée, plus il devenait certain qu'il fallait purger la fosse septique."

   Elle enchaîne avec Monique Dupuis, qu'elle prend tout d'abord pour l'épouse de son patron avant de réaliser qu'il s'agit de sa maîtresse. Le "pauvre", d'origine modeste, s'est choisi une épouse qui correspond à son standing mais avec laquelle il ne peut prétendre au train-train qu'il affectionne : pantoufles, matchs de foot et zéro mondanité. Le jeudi soir, il fait relâche chez Monique. Et oui, le "riche" peut avoir une double vie, ses finances et son cynisme le lui permettent.

   Elle va affronter aussi une vieille aristocrate, méchante comme une teigne, une tatie Danielle à particule qui feint d'ignorer l'abolition des privilèges. Allant de Charybde en Scylla, la voilà ensuite chez Marie-Geneviève Chausson, notaire, vieille fille, confite en dévotion. Une amitié improbable se noue entre elle, fraîchement divorcée et Melle Chausson de la catégorie "bourgeois-catholique-fasciste". Viendront après d'autres contrats et d'autres employeurs tout aussi "gratinés". De maison en maison, l'auteur nous dépeint les mille et une facettes de ceux à qui la fortune a souri. Elle les égratigne avec beaucoup de drôlerie. Leurs travers sont la plupart du temps assez détestables mais le roman se termine par une belle personne, Aimé Paquette, un centenaire bourru, que Françoise saura amadouer.

   Le roman de Véronique Mougin est très plaisant, c'est un tableau édifiant des moeurs des grandes fortunes. Le lecteur s'amuse beaucoup, l'auteur a un sens aigu de la formule "drolatique". En arrière-plan de l'histoire se profile en plus une analyse sociologique sans concession de ces "pleins aux as", qui vivent dans une sorte d'univers parallèle très codifié, où la valeur d'un homme se mesure à son classement Forbes.

Une excellente lecture !

Partenariat avec les éditions Flammarion et Babélio