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   "Le vrai n'est pas toujours vraisemblable" aurait pu aussi servir de titre à ce livre de Paul Fischer, remarquablement documenté. Producteur de films lui-même, il s'est penché sur le cas du fils du Grand Leader, le très cinéphile Kim Jong-Il. Celui-ci réussissait à se procurer des copies de tous les films qui sortaient et se délectait à les regarder. Bien évidemment, il était le seul à profiter de cette fenêtre sur le monde et le peuple n'avait le droit qu'à des séances obligatoires de cinéma où des navets pédagogiques, suivis d'un débat, entretenaient le culte créé autour de son père, Kim-Il-Song.

   les années 70, plusieurs décennies de dynastie communiste ont amené la Corée du Nord au bord du gouffre financier. Kim Jong-Il se met alors en tête de redorer le blason de son pays et accessoirement de faire rentrer de l'argent dans les caisses en produisant des films, aussi bien des blockbusters que des oeuvres destinées à rafler des prix lors de festivals prestigieux. Le hic, c'est qu'il lui manque le réalisateur de talent pour concrétiser son plan. Qu'à cela ne tienne, il fait kidnapper par ses sbires, Choi, actrice vedette en Corée du Sud, pour qu'elle serve d'appât. Son but est de faire tomber dans ses filets son mari, Shin, réalisateur connu, même si son étoile est un peu sur le déclin. On dirait un roman de John Le Carré... C'est pourtant réellement ce qui s'est passé !

   Choi, enlevée la première, va connaître les affres du "lavage de cerveau" à la Nord-Coréenne. Plusieurs "professeurs" vont se succéder pour lui inculquer la doctrine de la famille Kim. Il lui faudra apprendre par coeur l'histoire du pays depuis 1948, histoire réécrite pour métamorphoser les "Kim" en dieux vivants. Elle devra se taire et surtout ne pas s'inscrire en faux quand la Corée du Sud et le reste de monde d'ailleurs seront présentés comme une version moderne de l'Enfer où sévissent guerres, famines et maladies. Shin, victime d'un rapt peu de temps après elle, acceptera avec moins de facilité le fait d'être "prisonnier" et tentera par deux fois de s'évader. La prison le brisera et en 1983, il consentira à servir le grand dessein de Kim Jong-Il : réaliser des films de qualité.

   Enfermés dans une cage, qui est devenue dorée depuis que le couple semble converti à l'orthodoxie "kimienne", Shin et Choi vont enchaîner les tournages. Des moyens énormes sont mis à leur disposition et le succès ne se fait pas attendre. Petit à petit, ils vont gagner la confiance de Kim-Jong-Il et le convaincre de les laisser partir à l'étranger pour promouvoir les films . Ils sont toujours accompagnés par des gardes du corps qui veillent à ce qu'ils ne s'échappent pas. Et pourtant, un jour à Vienne, ils réussissent l'exploit de fausser compagnie à leurs "gorilles"...

   Paul Fischer, à travers le témoignage de Shin et Choi, nous montre une Corée du Nord, exsangue, où tout le monde espionne tout le monde, où des villes-témoins dissimulent aux étrangers la misère qui règne dans la totalité du pays, où chaque seconde de la vie des habitants est orchestrée, où les hommes ne sont plus que des figurants dans la "superproduction de Kim Jong-Il". Son fils Kim-Jong-Un continue dans la même veine , le pays est toujours une dictature sanglante qui se donne des allures d'opérettes lors des spectacles réglés au millimètre qui donnent à voir aux Occidentaux une image en technicolor d'un peuple martyr.

Un livre passionnant où la réalité dépasse la fiction !

 

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Choi et Marylin !

 

 

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Shin et Choi avec Kim Jong-Il

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