Source: Externe

   Très souvent, les romans du terroir sont considérés comme les parents pauvres de la littérature, plus faciles à trouver en tête de gondole des supermarchés qu'en librairies. Moi, je le revendique, j'aime ces histoires ancrées dans un temps, un territoire, avec des personnages d'origine modeste dans la plupart des cas. J'apprécie par exemple les livres de Daniel Cario, plus particulièrement "Le brodeur de la nuit" et "la parure du cygne" qui nous montrent le quotidien des brodeurs bretons au milieu du XIXème siècle (eh oui, la broderie sur drap de laine demandait de la force et ce métier était exercé par des hommes). C'est pour cette raison que j'ai saisi l'opportunité de lire le tome 1 de la saga québécoise de Michel David.

   C'est un roman qui tient toutes ses promesses. Les amateurs de la série "Magasin Général" de Loiseul et Tripp retrouveront une ambiance semblable et des protagonistes tout aussi hauts en couleur. L'histoire débute à Saint-Paul-des-Prés, en pleine campagne en 1901. Corinne Joyal, presque 19 ans, habite un village voisin et coule des jours heureux mais pas exempts de labeur dans la ferme familiale. Sa mère, Lucienne, maîtresse femme, mène son monde, et il est fort nombreux, à la baguette. Même son mari, Napoléon, ronchonne pour la forme mais file doux devant son épouse. La vie est rude, rythmée par les travaux des champs, les soins aux animaux et les aléas du climat. Le lecteur en apprend beaucoup sur cette existence où la subsistance tient à un travail acharné. Les corvées ne cessent que le temps de se rendre à la messe car l'église et  son curé sont des piliers du village.

   Notre jouvencelle est courtisée par Laurent Boisvert, natif de Saint-Paul, qui vient chez elle pour la veillée et faire le joli coeur sous la surveillance au combien étroite de Lucienne. Ce n'est pas sans appréhension qu'elle va laisser sa fille épouser ce garçon trop poli pour être honnête. L'auteur centre son roman sur cette jeune femme qui va quitter les siens pour s'établir dans le village de son mari. Les premiers mois lui permettent de s'affirmer quitte à sortir du rôle convenu de l'épouse docile et soumise.

   Ce roman met aussi en scène les habitants du village, qui se chicanent sur l'emplacement de la nouvelle église ou pour des motifs politiques.  Le" gang" du curé Anselme Béliveau, qui trouve plus de courage dans une consommation régulière de gin que dans l'exercice de la prière est en bisbille avec celui de Gonzague Boisvert, qui ferait passer L'avare de Molière pour un panier percé. Les dames de la paroisse se volent parfois dans les plumes et la préparation de Noël engendre quelques scènes cocasses.La langue, truculente, pour un lecteur français, participe du plaisir de la lecture.

   J'ai passé un excellent moment en compagnie de Corinne Joyal et des siens et la fin me laisse sur ma faim... J'ai très envie de me procurer le tome 2 !

Source: Externe