Texte reçu ce matin de mon amie C, ma voisine de stand ! 

 

Les vide-greniers sont le meilleur endroit possible pour rencontrer une espèce très particulière d'être humain : la mère de petit garçon.

Des mères de petits garçons, me direz-vous, il en existe plein. Il suffit de se rendre à la sortie d'une école maternelle pour en trouver un échantillon assez fourni. Certes. Mais celle qui fréquente les vide-greniers est tout à fait particulière. Elle est en quête. En quête de pantalon, pour son petit garçon bien évidemment. Parce que, voyez-vous, les petits garçons usent beaucoup leurs genoux de pantalon. Serait-ce que les petits garçons s'amusent à trouer volontairement leurs genoux de pantalon ? Non, c'est surtout que les petits garçons pour pouvoir jouer aux petites voitures ou aux engins de BTP dans le bac à sable n'ont d'autre choix que de se mettre à genoux. Vous avez déjà essayé de jouer debout dans un bac à sable ? Essayez.

Serait-ce que les pantalons de petits garçons sont moins solides aux genoux ? Peut-être. Il me vient soudain une sombre pensée : tout ceci ne serait-il qu'un vaste complot marketing ourdi contre la mère de famille pour lui faire acheter toujours plus de pantalons ? À 14,99€ le pantalon, imaginez les bénéfices pour l'industrie textile ! Les grandes entreprises de jouets, de bacs à sable et de pantalon ont dû conclure une alliance secrète.

Mais c'est la crise et la mère de petit garçon n'a pas les moyens financiers d'acheter autant de pantalons neufs qu'il en faudrait. En plus, pour faire travailler d'autres mères de petits garçons encore plus pauvres qu'elles dans des usines du Bangladesh, au risque de faire de nouveaux orphelins, non merci. Rien que d'y penser, la mère de petit garçon, l'Occidentale – vous me suivez toujours ? - , a déjà les larmes aux yeux.

Alors pour éviter les trous dans son porte-monnaie et les petits orphelins, la mère de petit garçon a deux méthodes pour lutter contre les trous de pantalon.

1/ Elle fait de la couture. Si le trou n'est pas trop grand, elle peut toujours y remédier en appliquant un joli patch. Pas un thermocollant, ça se décolle toujours au bout de un ou deux lavages. Non, un qu'elle coud avec amour et robustesse. Si le trou est vraiment trop grand, elle prend ses ciseaux et le pantalon devient bermuda.

Mais pour que le petit garçon ait des pantalons à trouer, il lui faut un ingrédient essentiel à la base : un pantalon à trouer.

2/ C'est là qu'intervient notre vide-grenier. La mère de famille s'est levé aux aurores pour se mettre en quête de l'élément si convoité : le pantalon de petit garçon sans trou aux genoux – notez l'utilisation des singuliers et des pluriels, volontaire. Et ce n'est pas si facile. Forcément, on vous a dit que c'est une quête. Dans le cas contraire, cela s'appellerait du shopping. Donc, disais-je, la mère de petit garçon se met en quête du saint Graal accompagnée de son fidèle compagnon, son sac cabas grand modèle. Première difficulté : trouver l'autre maman de petit garçon, celle qui vend des vêtements. Alors, il faut la voir parcourir les allées en scrutant très attentivement les étals des vendeurs telle une lionne en chasse, sous les yeux bien entendu amusés d'Albertine.

Et ça y est, enfin, elle la voit, la maman de petit garçon qui vend des vêtements. Elle se précipite vers elle et lui pose la question fatidique, celle qui changera son destin :

« Vous avez des pantalons en taille 5 ans ? ».

Elle attend la réponse de celle qui lui fait face et voit alors la lueur de compassion qui s'allume au fond du regard de son interlocutrice : « Désolé. Vous savez c'que c'est les petits garçons et leurs pantalons... ». Mais la mère en quête – ou en chasse, comme vous préférez – n'a pas dit son dernier mot. Elle ne perd pas courage et se remet en route. Elle parcourt à nouveau les étals de son œil inquisiteur et repasse devant Albertine. Plusieurs fois. Mais ce jour-là, décidément le sort est contre elle, il n'y a quasiment que des mamans de petites filles.

Alors elle commence à douter, s'approche tout de même d'un dernier étal – on ne sait jamais – et, là que voit-elle ? Une pile de pantalons de petit garçon en taille 5 ans, même pas troués ! Une pile de trois magnifiques pantalons ! Enfin, elle les a trouvés ! Et quand la vendeuse lui indique que c'est trois euros pièce, elle lui tend automatiquement son billet de dix euros, sans même chercher à marchander, sans même poser la question « Et si je vous les prends tous ? ». Non, elle a trois pantalons à trouer pour son fils, elle est heureuse, c'est tout ce qui compte. Et la vendeuse est contente d'avoir vendu ses trois pantalons et d'avoir rendu une maman heureuse, parce qu'elle aussi, un jour, elle a mené sa quête des pantalons de petit garçon.

 

Alors la prochaine fois que vous croiserez un petit garçon au pantalon troué aux genoux, n'allez pas le plaindre parce que sa maman n'est pas capable de lui mettre des vêtements corrects. Non. plaignez plutôt la maman, parce que ça veut dire qu'elle va devoir à nouveau se mettre en quête d'un pantalon sans trou aux genoux.