C'est l'été, soyons folle, me suis-je dit début juillet ! Lançons-nous dans la lecture d'énormes pavés, british tant qu'à faire... D'un côté, Passé imparfait : 645 pages, de l'autre, L'enfant de l'étranger, 764 pages, même pas peur !

   Les quatrièmes de couverture étaient aussi alléchantes l'une que l'autre. Celle de Julian Fellowes promettait de faire revivre les dernières grandes heures de la Saison dans les années 1960. La fine fleur de l'aristocratie anglaise organisait des bals pour présenter les Débutantes et ne nous voilons pas la face, arranger des mariages pour que tout ce petit monde reste entre soi, les roturiers n'étant que modérément appréciés. Le montant de leur compte en banque pouvait toutefois infléchir la plus intransigeante des ladies.Quant à Alan Hollinghurst, la perspective de suivre une splendide maison victorienne et ses habitants à travers les époques ne pouvait que me ravir.

   J'ai démarré par Passé imparfait et le style de l'auteur m'a tout de suite séduite. Il décrit avec beaucoup de finesse et d'ironie une aristocratie déclinante. L'histoire débute de nos jours par une étrange requête. Damian Baxter, un très riche homme d'affaire, se meurt d'un cancer du pancréas et invite le narrateur chez lui pour lui demander de mener une enquête. Une lettre anonyme lui a permis de savoir qu'il avait un héritier mais celui-ci peut être le fils d'une des six demoiselles qu'il a approchées de très près lors de la Saison de 1967. Notre détective amateur met de côté la haine féroce qu'il voue à Baxter depuis un horrible dîner en 1970 et se lance sur les traces de ces six femmes de bonne famille. Chaque rencontre avec l'une d'entre elles permet un retour vers cette Saison où ils étaient tous jeunes et pleins d'illusions.

   J'ai beaucoup aimé ce roman empreint de nostalgie, ces portraits de femmes que la vie a souvent meurtries, la description des bals et des traditions qui peuvent sembler absurdes pour les néophytes. L'auteur, créateur de la série Dowton Abbey, n'épargne pas ce milieu auquel il appartient mais sous l'humour transparaît toujours une affection certaine pour ses membres. 645 pages qui ont défilé à la vitesse de l'éclair...

   Venons-en à L'enfant de l'étranger... La début m'a enthousiasmée, nous sommes en 1913 et Georges Sawle a invité chez lui, aux "deux Arpents", Cecil Valence, étudiant comme lui à Cambridge. Il est sous le charme de ce dernier, beaucoup plus riche que lui, affichant sans complexe sa beauté, sa supériorité présumée et ses talents de poète que nul n'ose mettre en doute. Leur liaison demeure secrète, ou du moins, tout le monde feint de l'ignorer. La modeste demeure des Sawles ne peut rivaliser avec la splendeur victorienne de "Corley" la maison des Valence. Il n'empêche que c'est un poème composé aux "deux Arpents" qui va rester le plus dans la mémoire collective. Alan Hollinghurst a choisi d'organiser son récit en cinq parties. Nous avançons dans le siècle, affrontons les deux guerres puis l'époque contemporaine. Les personnages, fort nombreux, vieillissent et le lecteur est amené à suivre deux trames narratives: les changements de la demeure Valence qui montrent aussi l'évolution des goûts et des fortunes et les tentatives menées par différents protagonistes pour cerner l'oeuvre et la personnalité de Cecil Valence, mort à 25 ans pendant la première guerre.

   Abondance de bien nuit parfois, je me suis sentie noyée par le flot de détails, de personnages. J'ai parcouru plutôt que lu la cinquième partie. Je n'avais plus aucune envie de m'attacher aux nouveaux arrivants dans l'histoire, je n'en pouvais plus de ce "malheureux" Cecil Valence et j'ai poussé un ouf quand j'ai atteint la dernière page. 764 pages , c'est long, très très long...

   Vous l'aurez compris, Passé imparfait a ma préférence ! Je vous recommande d'ailleurs un autre roman de Julian Fellowes au titre évocateur : Snobs !

 

 

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