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   Una apis, nulla apis

"Une abeille seule n'est pas une abeille" (Proverbe)

   C'est la préface du roman et avouez-le, vous craignez le livre érudit  alors que vous êtes encore au stade aoûtien de la serviette de plage et des doigts de pieds en éventail ! La citation latine ( magnifique de concision ! Vive les langues anciennes ! Ceci est l'aparté militant de cet article) ne doit pas effrayer le lecteur en recherche de lecture estivale. Gill Hornby a concocté une comédie pétillante et vacharde qui constitue le combo parfait avec le hamac et le Perrier rondelle.

   L'école primaire de Saint Ambrose est réputée pour son excellent état d'esprit, les parents forment une grande" famille", ravie de se retrouver lors du vide-grenier ou du quizz, les deux manifestations phares de l'année. Le livre débute par la rentrée des classes et après "la dépose des chérubins", les mères se retrouvent pour discuter. L'arrivée d'un nouveau directeur suscite de nombreuses interrogations, surtout qu'il est plutôt bien fait de sa personne et a quitté son job à la City pour prendre la tête d'un établissement scolaire.

   Le pauvre homme risque d'être mangé tout cru par la redoutable Béa, la reine des abeilles qui donne le la pour tout ce qui concerne l'école et a réduit les autres parents à l'état de groupies. L'auteure croque avec une tendresse teintée d'ironie les portraits de ces mères de famille, Heather, la petite boulotte pas très futée qui voudrait tellement faire partie de la team de Béa, Georgie et sa tribu, esprit libre et contestataire, Jo, que le concept de féminité laisse de marbre, Rachel, en plein divorce et en plein désarroi et l'irrésistible Bubba, richissime et snobissime, qui tente l'école publique avec le sentiment d'explorer un territoire inconnu.

   L'année s'écoule, au rythme des déposes et des sorties d'école, des animations organisées par les parents d'élèves et on se surprend à tourner les pages à toute vitesse. Les personnages sont attachants, le lecteur partage leurs moments de peine ou d'angoisse mais aussi leurs bonheurs. Certains passages (Ah le quizz !) sont franchement hilarants. Derrière cette comédie plaisante, en filigrane, Gill Hornby se livre à un véritable exercice de sociologie. Grâce à la métaphore des abeilles, elle montre de quelle manière chaque femme peut trouver sa place, quitte s'il le faut à changer de reine.

Une vraie lecture plaisir, un roman découvert comme souvent chez Cathulu !