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   J'ai déjà raconté ici les difficultés rencontrées pour rentrer dans l'univers d'Anthony Trollope. J'ai trouvé depuis des moments de calme pour retenter l'immersion dans le comté imaginaire du Barset à l'époque victorienne. Le "pitch" est simple : Frank Gresham, héritier du "squire" local, doit épouser une FORTUNE pour sauver le domaine de la ruine. Son père a eu "le malheur" d'épouser Arabella De Courcy,qui l'a contraint à un train de vie dispendieux et ses finances sont exsangues. Le hic, c'est que notre perdreau de l'année est amoureux de Mary Thorne, la nièce du docteur du village. La demoiselle est charmante mais ne possède ni sang bleu ( Milady Arabella pourrait le supporter !) ni richesse (et ça, c'est impardonnable !).

   761 pages pour arriver à un heureux dénouement dont l'auteur ne fait pas mystère dès les premières pages... C'est long !

   Je suis parvenue au bout de cette lecture au long cours sans difficulté majeure car A.Trollope me manque pas d'humour. Il décrit avec une ironie "bonhomme" les émois amoureux, les querelles médicales, domestiques ou politiques. Autre qualité, la crédibilité de certains personnages ! Les héros sont des archétypes et l'auteur ne s'en cache pas, ce sont surtout les seconds couteaux qui sont décrits avec finesse. J'ai beaucoup aimé Miss Dunstable, trentenaire fortunée et sa cour de jeunes soupirants. Elle ne manque pas de caractère et n'est pas dupe du manège de ces hommes que son argent attire plus que ses bouclettes indisciplinées et son ironie parfois décapante. 

   Bon, on est entre nous, j'ai tout de même souffert à certains moments durant cette expérience livresque qui tient parfois du marathon. Le goût prononcé de l'auteur pour les phrases à rallonge (très souvent composées sur un rythme ternaire) m'ont fait interrompre ma lecture pour ne pas finir submergée par une avalanche de mots ! Petit exemple : "Il éprouvait pour moi l'amour le plus sincère, l'admiration la plus profonde et le respect le plus vif". L'auteur aime aussi prendre son temps, nous narrer jusqu'au moindre détail les plus petites péripéties. Le chapitre 11 s'intitule "le docteur boit son thé". Onze pages pour avaler son breuvage préféré, même s'il en prend "six bolées", j'ai rêvé, je ne m'en cache pas, qu'une folle envie de faire pipi ne précipite la fin du chapitre.

Au final, un bilan mitigé : j'ai apprécié le tableau subtil de l'Angleterre victorienne  mais j'aurais volontiers élagué une prose d'une très ( trop) grande densité.

Galéa et Keisha vous donneront peut-être plus envie que moi de dévorer à belles dents ce copieux mille-feuille "trollopien" !