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   Rappelez-vous, les Barbapapas, ces gentilles créatures aux formes généreuses qui pouvaient se transformer à volonté , juste en disant : "Hulahup Barbatruc !" Barbatruc, c'est le surnom que va donner Ludo, jeune activiste, à Marion, mère de famille très BCBG, qui porte le manteau de fourrure et le foulard Hermès avec la décontraction que donne l'appartenance à la haute bourgeoisie.L'auteur met en scène au début du roman la rencontre hautement improbable entre ces deux personnages. Marion, dont la jumelle vient de mourir, est très perturbée, et le coup de fil d'une entreprise qui se propose de prendre en charge les funérailles de celle-ci, la met dans une colère noire. Comment la société Bellefin est-elle au courant du décès de sa soeur et surtout comment s'est-elle procurée son numéro ? Elle se rend compte que celui-ci, pourtant sur liste rouge, a été vendu et découvre une réalité de notre époque, le "trafic d'informations", l'achat de listings, pour mieux cibler la clientèle. Elle voit rouge et tague sur un abribus une publicité pour Bellefin. Prise en flagrant délit, elle se retrouve en garde à vue avec Ludo et va découvrir grâce à lui le monde des activistes, qui luttent contre le système marchand, contre une économie "décomplexée" où l'humain n'est qu'un paramètre comme un autre.

   Fragilisée par la perte de sa soeur, confrontée à une réalité que son statut social lui permettait d'ignorer, elle va se lancer à corps perdu dans le projet inventé par Ludo. Elle devient la grande Barbatruc, une icone bourgeoise et glam, qui intervient de manière spectaculaire lors d'actions menées par les activistes. Ses propos, complètement décalés, par rapport à son image, remettent en cause notre société consumériste. Très rapidement, les médias font feu de tout bois et notre " Hermès woman" devient une "héroïne" sur Internet et du poil à gratter pour les dirigeants de grands groupes. Tout se fait sous couvert d'anonymat et Marion jongle entre sa vie bien rangée de jolie poupée et son existence plus mouvementée d'agitatrice patentée... Evidemment, il fallait qu'un jour, quelqu'un découvre le pot aux roses mais elle ne s'attendait pas à ce que cela soit Claudine, caissière à Rondpoint, rencontrée quelques années plus tôt lors d'une thalasso en Bretagne.

   Les premières pages de ce livre m'ont fait craindre une lecture un peu ennuyeuse, avec un schéma stéréotypé, la bourgeoise qui développe une conscience prolétaire. Petit à petit, je me suis laissée entraîner par une ribambelle de personnages secondaires très attachants : les résidents de la maison de retraite de Saint-Quentin en Yvelines, Nonosse et son taser fabriqué avec un mixeur, Huguette et ses plans machiavéliques pour être invitée à un réveillon de Noël. L'intrigue est menée tambour battant et mélange des scènes d'une grande drôlerie à d'autres plus plus sensibles ou plus critiques envers le système économique actuel.

   Sans être un chef-d'oeuvre, le roman d'Elise Tielrooy est une lecture vraiment plaisante. 

 

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