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   Jessica L.Nelson se livre à un exercice périlleux, une mise en abyme assez osée . En effet, son livre a pour héroïne une jeune auteure qui présente son premier roman dans une émission télévisée où le Dieu Audimat dicte sa loi, et ce alors que la rentrée littéraire 2015 bat son plein. Angie Rivière est invitée pour parler de son roman "Bébés de brume" qui dénonce l'emprise d'Internet et des réseaux sociaux sur les adolescents d'aujourd'hui. Autour de la table se trouvent aussi un Acteur sur le retour et un Député au vent en poupe. Le Présentateur pilote, oreillette à l'oreille, le déroulement de l'émission, épaulé par le Chroniqueur favori.

   Les trois unités du théâtre classique sont réunies: le temps, 1H30, le lieu, un plateau de télé, l'action, l'interview de trois invités. L'émission nous est racontée par Angie mais son récit est entrecoupé par des chapitres qui donnent la parole aux différents intervenants et à certains membres de sa famille. Ces multiples points de vue, ces regards différents sur un même événement ne manquent pas d'intérêt.

   J'ai lu ce roman d'une traite, passant par des sentiments très contradictoires. Je ne saurais dire si ce livre m'a chatouillée ou gratouillée. Mon ressenti est assez difficile à exprimer. Le choix de l'auteure de se centrer sur Angie, qui est la seule à posséder une identité sur le plateau et, de réduire les autres protagonistes à des archétypes m'a déconcertée. Ces personnages, emblématiques de leur profession, ne montrent que leurs facettes sombres, que les défauts que tout un chacun leur impute. Jessica L.Nelson leur concède un peu d'humanité mais qui ne contrebalance l'effet " caricature" induit par le procédé utilisé. Bien sûr, elle dénonce des travers qui existent et sa connaissance des émissions littéraires (elle a été conseillère littéraire et chroniqueuse sur TF1) lui donne une légitimité pour en parler. Je n'arrive juste pas à adhérer à sa manière de les mettre en lumière.

   Angie Rivière, elle, ne manque pas d'humanité et de sensibilité. Sa famille, atypique, son parcours chaotique, sa relation ambivalente à l'exposition médiatique en font le porte-flambeau de ces "jeunes" qu'Internet a abîmés. Certaines pages m'ont vraiment émue, j'ai tremblé pour elle et l'aurait volontiers accueillie sous mon aile. D'autres pages ne m'ont pas convaincue. Je ne suis jamais parvenue à croire à cette "Ombre", cette voix qui sans cesse la dénigre, lui rappelle son passé douloureux, met le doigt sur ses contradictions. Une nouvelle fois, un procédé d'écriture m'a empêché de pleinement apprécier ce roman.

   Mon impression après cette lecture est d'avoir eu entre les mains un livre au contenu riche, avec des passages brillants. Je ne l'ai pas véritablement aimé car les parti-pris d'écriture m'ont tenue à distance des personnages et surtout d'Angie, à l'âme blessée d'avoir été dénudée.

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