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 à l'initiative de Gilwen

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    La quatrième de couverture évoquait le pouvoir de la littérature capable de "nous réapprendre à regarder ce que nous ne voyons plus, à force d'habitudes, devenus sans nous en apercevoir indifférents, aveugles." Quel magnifique programme ! Peut-être suis-je trop exigeante mais je n'ai pas trouvé le livre de Kathleen Jamie à la hauteur de cette ambition. Parfois séduite, parfois ennuyée, parfois agacée, les pages ont défilé sans que je parvienne à adhérer pleinement aux propos.

Le livre s'organise autour de moments "forts" dans la vie de l'auteur , "forts" pas tant par leur aspect extraordinaire que par l'importance que leur donne Kathleen Jamie, la résonnance qu'ils trouvent en elle. Il peut s'agir de l'observation sur plusieurs semaines d'un couple de faucons pélerins, d'une randonnée jusqu'aux ruines de maisonnettes de bergers qui servaient pour l'estive ou de la visite de l'école de chirurgie, Surgeons' Hall où l'attend une étrange collection d'échantillons humains en bocal...

   Séduite, je l'ai été par les descriptions du Nord-Est de l'Ecosse, une région où la lumière est chiche et d'autant plus aimée. Les îles sont très présentes et chacune a son relief, sa beauté particulière, tout petit morceau de terre cerné par la mer.J'ai beaucoup aimé aussi certains passages, voire certaines phrases qui ont la fulgurance de la poésie.

   L'ennui m'a saisie de temps en temps, les répétitions sont nombreuses, et les centres d'intérêt de l'auteur parfois déconcertants. Elle se passionne à un moment pour les toits d'Edimbourg et entreprend à l'aide de son téléscope un "recensement" des éléments que la ville "pointe" vers le ciel. Si j'ai compris sa démarche, l'aspect inventaire de ce chapitre m'a incitée à passer quelques pages.

   L'agacement est venu insidieusement. Kathleen Jamie est une intellectuelle, une universitaire et sa volonté de nous réapprendre à voir a parfois un aspect didactique, un côté méthodique qui m'a fait ruer dans les brancards. Le livre s'ouvre par sa recherche du noir absolu, de l'obscurité totale. Elle essaie, et c'est compliqué dans notre société moderne, d'échapper à la lumière. Son objectif est de réhabiliter le "noir", trop souvent associé à la mort ou au mal. Nous ne sommes plus dans une observation fine du réel, dans la (re)découverte simple de notre environnement mais dans une démarche purement intellectuelle, qui m'a semblé trop poussée. Je crois que mon agacement est venu de là, de cette volonté permanente de donner du sens, de donner une sorte de plus-value à tous les éléments décrits.

Une lecture en demi-teintes