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 Mon premier billet sur Zygmunt Miloszewski évoquait mon bonheur de lectrice à la lecture des "Impliqués", où nous faisions la connaissance de Téodore Szacki, procureur à Varsovie. Le personnage m'avait plu, de même que sa façon de résoudre la mystérieuse affaire de la brochette à rôtir plantée dans l'oeil d'un participant à un thérapie de groupe. A l'époque, je souhaitais lire rapidement une nouvelle enquête de Téodore, alias Ronchonchon, c'est choses faite !

   Pourquoi ce petit surnom ? Notre homme ne se plaisait plus à Varsovie, trouvait qu'il s'engluait dans la routine avec Wéronica son épouse et aspirait à une autre existence. Pour tout dire, il ronchonnait beaucoup dans ce premier opus, et d'ailleurs il continue dans le deuxième.

   Une affaire lui a permis de quitter la capitale et de découvrir une délicieuse bourgade, Sandomierz, un joyau architectural peu connu. Un déclic s'opère, il demande sa mutation, entame une procédure de divorce et s'apprête à vivre des moments exaltants... Hélas, trois fois hélas, Sandomierz s'avère une ville de province où tous les commerces ferment à dix-huit heures et où les crimes mystérieux ne sont pas légions. Téodore se retrouve à presque quarante ans dans un studio qui conviendrait mieux à un étudiant, à se préparer des plats pour une personne qu'il mange sans appétit. L'animation de Varsovie, sa fille et même, s'il était vraiment honnête avec lui-même, sa femme, lui manquent. La machine à ronchonner est de nouveau enclenchée !

   Un crime sordide, triste ironie du sort, va le sortir de son début de dépression. Le corps de Ela Budnik est retrouvé devant l'ancienne synagogue de la vieille ville, entièrement vidé de son sang. A côté du cadavre, placé bien en évidence un "chalef", un couteau utilisé pour l'abattage rituel d'animaux par un boucher juif. Il n'en faut pas plus pour que se réveillent les vieux démons, un antisémistisme latent que la bourgade ne connaît que trop bien. Son église abrite en effet un tableau extrêmement controversé, d'ailleurs caché par une photo représentant Jean-Paul II. Le tableau baroque peint par Charles de Prévot représente le rituel du sang où des Juifs "sacrifient" des enfants chrétiens. L'assassin, particulièrement retors, lance les enquêteurs et les médias sur cette piste nauséabonde mais l'affaire se révèlera au final beaucoup plus complexe. Elle montrera comment l'instigateur des trois meurtres perpétrés joue avec les haines rancies, le politiquement correct, la mentalité d'une petite ville pour égarer le procureur.

   Téodore Szacki, individualiste forcené, devra pour réussir à trouver le coupable s'appuyer sur des collaborateurs locaux qui connaissent mieux que lui la ville et ses multiples secrets. Un commissaire tellement âgé qu'il paraît presque momifié, une jolie procureure rousse et Maria Miszczyk, leur supérieure qui cache derrière son physique généreux qui lui vaut le sobriquet d"Ourson" une intelligence aiguisée, lui seront indispensables pour que la vérité apparaisse dans toute son horreur.

   J'ai trouvé cette deuxième enquête plus riche, plus dense que la première. L'aspect historique est davantage développé et la réflexion de l'auteur sur les exactions du passé est vraiment pertinente.

Yv est tout aussi enthousiaste que moi !