Livre chroniqué en mars 2009 sur le blog "Les livres-bonheurs d'Armande"

Source: Externe

 

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   Brrr... le titre qui fait peur ! Je me suis d'abord interrogée sur ma capacité à "apprivoiser" les nombres premiers. Pour être tout à fait honnête, je ne me souvenais même plus de leur particularité. Un rapide tour sur le Net m'a rassurée, il ne s'agissait pas d'un livre sur les mathématiques mais de deux personnages dont la singularité les isole des autres .
La couverture est belle: une main ouverte et un papillon qui semble hésiter à se poser sur un doigt... Pour moi, cette main, c'est celle de Mattia et le fragile papillon, c'est Alice.

   Paolo Giardano évoque dans son livre un thème qui me tient particulièrement à coeur : celui de la différence et de son acceptation difficile dans n'importe quelle société.

   Alice, au début de l'histoire, est encore une fillette et son père veut voir en elle une future "battante". Les vacances à la montagne deviennent pour elle une véritable torture car elle est inscrite à un club de ski et doit s'y rendre chaque jour malgré la peur qui lui tord l'estomac.
" Son père tapa deux fois sur son casque, si fort qu'on pouvait croire qu'il voulait la planter dans la neige.
"Ecrase-les tous. Et n'oublie pas : le poids du corps en avant, c'est compris ? En-a-vant" lui dit-il"
Peut-être, après tout, croit-il bien faire mais à trop exiger d' Alice l'impossible, il récoltera des fruits bien amers : un terrible accident de ski qui handicapera sa fille et rongera leur relation.


   Mattia, lui, a une soeur jumelle . Il est brillant, elle est handicapée mentale. Seulement leur mère est dans le déni et impose au petit garçon la présence de sa soeur aussi bien à l'école qu'aux fêtes d'anniversaire. Un jour pourtant, Mattia se révolte et sur le chemin d'un goûter d'anniversaire, il abandonne Michela dans le parc où ils jouent d'habitude afin de pouvoir profiter de l'après-midi sans avoir à surveiller et à réparer les bêtises commises par sa jumelle.  A son retour, elle n'est plus là, sans doute noyée dans le fleuve voisin et il se sentira coupable de cette disparition sa vie durant. Il va s'enfermer dans l'univers des sciences et des mathématiques , univers où les sentiments n'ont pas de place et où il ne risque pas de faire du mal à quiconque.

   Ces deux êtres, Alice et Mattia, se heurtent à la vie, n'arrivent pas à trouver leur place au sein de notre société, si peu conformes au moule qu'ils attirent et repoussent à la fois leurs contemporains.
Alice, la toute légère, si peu ancrée sur terre qu'un souffle de vent pourrait la déstabiliser, restera longtemps, j'en suis persuadée, dans mes pensées. Elle y rejoindra d'autres personnages qui, m'ayant touchée au coeur, sont bien à l'abri, dans les méandres de ma mémoire.

 

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