Source: Externe

   Billie, vieille dame de quatre-vingt ans, vit en Californie, dans une petite maison au bord de l'Océan. Sa vie semble réglée comme du papier à musique entre les bains de mer, les heures de bénévolat à la bibliothèque et les coups de fil quotidien de sa soeur Gussy, résidant dans le Vermont. Elle a choisi cet endroit où le temps paraît suspendu tant les saisons sont peu marquées pour son exil volontaire. Loin de sa terre natale, loin de sa famille, loin de ses filles, elle tient à distance un passé que l'on devine douloureux.

   Un soir pourtant, ce passé se rappelle à elle à travers la voix de Gussy. Cette dernière a été contactée par John Wilson, le fils d'Eva, sa voisine dans les années soixante quand elle habitait une petite ville perdue dans le Massachusetts. Il veut que Billie le retrouve à Boston, il a impérativement besoin de lui parler. Si tard dans son existence, Billie a -t-elle envie de laisser les souvenirs la submerger à nouveau ? 

   Elle décide de plonger, de revenir en arrière et de renouer avec les trois années les plus lumineuses mais aussi les plus dramatiques qu'elle a vécues. Eté 1962, Billie essaie de se conformer à l'idéal masculin de l'époque. C'est une parfaite petite ménagère qui met les légumes en bocaux et prépare des cookies. Elle a épousé, à l'âge de dix-neuf ans, Frankie Valentine, un homme complexé par son physique fluet, qui compense sa petite taille par une voix de stentor et une posture de macho italien. Ils ont adopté deux enfants car le corps de Billie, à son grand désespoir, ne veut pas accueillir durablement d'enfant et provoque fausse couche sur fausse couche. Son mari, ses filles, Francesca et Mouse lui permettent de donner l'image de la famille parfaite. Pourtant que d'insatisfactions, que de frustrations sous ce dehors idyllique...

   La première semaine de juillet 1962, sa vie va basculer avec l'arrivée d'une nouvelle famille dans la rue, les Wilson. La première image qu'ils lui offrent est celle de Ted, un géant apparemment débonnaire, sa minuscule femme Eva, enceinte jusqu'aux yeux et leurs trois enfants. Billie va peut-être enfin avoir une amie, quelqu'un avec qui partager des recettes de cuisine, la préparation de costumes pour Halloween, les réunions de scouts des enfants...

   Inexorablement, leur amitié se renforce et évolue vers un sentiment plus tendre. Ted et Frankie, deux hommes qui ont en commun le goût pour la boisson et la conviction que leur femme est leur propriété, ne sentent pas que Billie et Eva se sont trouvées et aspirent à un autre rôle que celui de gardienne de la maison, que leur corps et leur coeur ont soif de douceur et de liberté.

   L'auteure nous raconte l'histoire de ces deux femmes, nées trop tôt pour un amour considéré à l'époque comme un vice. La trame, assez classique, confronte passé et présent jusqu'au moment où les deux se télescopent. J'ai beaucoup aimé la manière dont T.Greenwood parle de de l'eau. Billie est une nageuse, une athlète qui trouve la plénitude et l'apaisement dans les eaux du lac Gormlaith dans le Vermont ou dans les vagues de l'Océan Pacifique. Elle y évolue sans entrave, avec le sentiment de ne faire qu'un(e) avec l'univers.

Un roman aux détails très réalistes, qui reconstitue les années 1960 aux Etats-Unis, vu à travers le regard "anticonformiste"  de Billie, une femme qui prend le risque d'être différente...