Source: Externe

Ce texte est ma participation à l'atelier de Leiloona. Il s'inspire d'une photo de Vincent Héquet.

Albertine et le manque d'inspiration (Part II)

    Le vieux démon de la page blanche n'est pas de retour... C'est simplement que la photo ne correspond pas à mon humeur du moment. Le temps de l'Avent, particulièrement depuis la naissance de mes enfants, a des parfums de cannelle et d'orange, pas de papiers calcinés et de fumée. J'ai bien essayé de mettre des mots sur cette photo :

" Ce matin, Pierre est parti
  Pour une moins sauvage, une plus polie
  J'ai brûlé sa lettre d'adieu
  Confié son désamour au feu..."

   Bof, pas envie de continuer dans cette veine alors même que je fête mes retrouvailles avec le gâteau roulé. Après des années de fâcheries avec cette pâtisserie, nous nous sommes récemment réconciliées : génoise moelleuse, gelée de mûres et opération roulage sans anicroche. Je rêve maintenant du Graal de décembre : la bûche ! Vais-je opter pour la traditionnelle crème au beurre praliné ou me mettre en difficulté avec une recette originale ? Mercotte, sors de mon corps !

   Trêve de bavardage, concentrons-nous sur cet autodafé, il semblerait que ce soit un exemplaire de La peste d'Albert Camus qui soit dévoré par les flammes.

 " Pourquoi ce livre que j'aime tant, où le docteur Rieux combat la mort avec opiniatreté, ne cesse jamais de lutter, même quand la maladie s'abat sur sa ville et qu'il la voit comme une "interminable défaite". Des pages qui se tordent, se recroquevillent et disparaissent, la culture qu'on met au bûcher... "

   Mais mon esprit vagabonde et revient à des préoccupations moins inquiétantes. Cette année encore, Mister H. partira-t-il, accompagné de ses filles pour acheter le sapin de Noël ? Saura-t-il être raisonnable et ne pas choisir le plus grand, le plus majestueux, le plus beau... et le plus cher ? Aurai-je le coeur à ronchonner quand ils reviendront, triomphants, avec un sapin digne du château de Chenonceau, les yeux brillants et les joues rouges ? Paré de toutes les décorations accumulées depuis plus de vingt ans, clignotant de mille feux, jouet géant pour un chaton déchaîné, il va illuminer le salon et chasser les ténèbres de ce début d'hiver.

   Je n'oublie pas ce terrible mois de novembre, auquel cette photo me ramène par sa violence. J'ai décidé pourtant qu'il fallait que j'avance. Le doux parfum des jacinthes embaume la maison, il va être temps de confectionner les sablés en forme d'anges ou d'étoiles. J'ai envie de douceur et de partage. D'après certains de mes proches, m'écouter serait un peu comme lire du Balzac. Les écarts de langage ne sont pas ma marque de fabrique. Pourtant, je vais conclure ce billet par une phrase lapidaire d'une adolescente sur sa page Facebook :

" Aimez-vous, merde !"

    Tout est dit.