Source: Externe

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   La couverture nous offre un très gros plan saisissant : un morceau de manège de fête foraine et un requin en baudruche, à la tête patibulaire. Elle est à l'image du roman où Janie Ryan, le personnage principal, nous raconte son parcours de sa naissance à son départ pour Londres. Le lecteur est comme dans une grande roue, partagé entre le plaisir et l'envie de vomir. Kerry Hudson s'inspire de sa propre enfance pour nous livrer cette tranche de vie, pleine de rires et de larmes, de frites surgelés et de vêtements achetés chez Oxfam.L'Ecosse qu'elle nous présente n'est pas celle des Highlands et des biscuits du Prince Charles. Elle nous amène dans les cités guettos où de nombreuses familles font la queue le lundi matin pour percevoir une allocation, souvent la seule source financiaire "légale" du foyer. Iris, sa mère, la met au monde dans une bordée de jurons. Janie est le seul souvenir qu'elle ramène de sa courte installation à Londres.Il semblerait que les femmes Ryan soient condamnées à voir leurs rêves d'émancipation brisés par des grossesses précoces. Janie va connaître dès ses premiers jours l'errance qui caractérisera son enfance. Iris, hébergée par sa mère, se fâche avec celle-ci et quitte l'appartement en pleine nuit, en chemise de nuit sous son manteau, avec Janie dans un  moïse sur son landau. Direction un foyer pour femmes en détresse... Ce foyer sera suivi d'une succession de B&B pour personnes précaires, de HLM miteux dans des quartiers difficiles. A chaque nouveau départ, parfois à la cloche de bois, Iris est persuadée que tout ira mieux. Elle change de logements, elle change d'homme aussi mais ne tombe jamais sur le bon numéro, de Tony Hogan, un dealer violent au physique de petite frappe à Doug, plus débonnaire mais flemmard et alcoolique.

   Janie, la narratrice, nous montre ce monde de misère à hauteur de nourrisson, d'enfant puis d'adolescente. Sans point de comparaison, elle ne souffre pas de son milieu social. Elle s'émerveille d'un rien, de vieux rideaux orange dont elle se drape, de mini-boîtes de corn-flakes dans un B&B, de jouets de seconde main, d'un lit douillet où elle est blottie contre sa mère. L'arrivée de Tony Hogan introduit la violence dans cette vie déjà difficile. Janie est même confiée un temps aux services sociaux et dans un centre découvre auprès de Nell, la responsable, ce que peut (doit) être une mère : une personne qui pose un cadre, impose des règles de bon sens et vous donne ce sentiment indispensable d'être protégée.

   Iris récupère Janie mais celle-ci a découvert qu'une autre vie était possible, sans alcool, sans cigarette, sans cri, sans insulte. Janie grandit et l'auteure nous décrit sans jamais tomber dans le pathos un quotidien marqué par le manque. La famille s'agrandit avec l'arrivée de Tiny, sa petite soeur, la fille de Doug. Le clan Ryan, Iris et ses deux filles, mène sa barque par tous les temps, essuyant la dépression de la mère, l'adolescence chaotique de Janie marquée par la drogue et le sexe. La bibliothèque, la lecture, l'école vont permettre à la narratrice de prendre du recul par rapport à son existence. Cette distance qui va s'instaurer entre elle et sa mère se fait dans la douleur car si Iris aime "mal" ses enfants, elle les aime pourtant de toute son âme. Janie va devoir faire des choix pour ne pas reproduire le schéma familial...

   Ce roman, semi-autobiographique, se lit d'une traite. Bien loin des clichés sur les laissés-pour-compte de la société, nous nous prenons en pleine figure ces vies "bancales". Pas de jugement manichéen pour ces existences montagnes russes avec  ses hauts et ses bas.

Un "témoignage" fort !