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    Un grand merci aux Editions du sous-sol pour cette réédition de la saga de Mordecai Richler, parue pour la première fois en 1989. En préambule, je préfère dire que ce roman est fait pour les dévoreurs de pages, les amateurs de gros pavés, les passionnés de digressions et de petites histoires dans la grande histoire. L'auteur nous conte, avec une incroyable verve, les péripéties de la famille Gursky : du picaresque Ephraim qui quitte Londres, en mai 1845, passager "clandestin" à bord de l'Erebus, un des bateaux de l'expédition Franklin dans l'Arctique jusqu'au dernier de la lignée Isaac que nous laissons, en 1983, prêt à se faire un nom dans l'industrie du cinéma.

   Ce ne serait pas drôle si les Gursky nous narraient eux-mêmes leur ascension, de l'aïeul, prédicateur, menteur, fornicateur à ses petits-enfants, bootleggers que la prohibition a enrichis.Chacun des membres de la famille apporte sa contribution à l'histoire. Mais c'est Moses Berger, dont le père a servi d'hagiographe à Monsieur Bernard, l'un des trois petits-fils d'Ephraim, qui essaie de retracer le parcours sur le continent américain de quatre générations de Gursky. Enfant, invité chez M.Bernard, il comprend que Salomon, un des frères de celui-ci, est une pierre d'achoppement dans" l'Empire" des spiritueux Gursky. Fasciné par cet homme, à l'aura particulière, il n'aura de cesse de reconstituer sa vie, tumultueuse et mystérieuse.

   Mordecai Richler donne vie à une myriade de personnages qui ont tous leur caractère propre. Il nous balade de l'Angleterre victorienne jusqu'en Arctique et nous amène ensuite sur les routes d'une Amérique en pleine construction. Il égratigne tout un chacun, avec une malice teintée d'une certaine cruauté. Les hommes sont d'ailleurs traités avec plus de rudesse que les femmes, leur travers, leurs bêtises dénoncés avec une jubilation évidente.

   Cette famille nous permet aussi d'entrevoir les fortunes diverses réservées aux juifs au cours des siècles passés. Très attaché à sa communauté, leurs membres n'en échappent pas pour autant à l'humour féroce de l'auteur. Très bien écrit (bravo pour la traduction), ce récit foisonnant se termine sur une note fantastique, en lien avec le corbeau de la couverture. A vous de jouer, à vous d'ouvrir ce roman pour connaître le fin mot de l'histoire.

 

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