Source: Externe

  Encore un billet sur une bande dessinée ! Oui, mais celle-ci est de Pedrosa et j'ai développé une certaine addiction pour l'oeuvre de ce dernier. La couverture est un petit bijou, le héros, Jean-Paul, un quarantenaire sous la coupe de sa mère, s'est inscrit à une croisière pour coeurs solitaires. Il n'a pas l'air d'avoir trouvé l'âme soeur, perdu dans la piscine sur le pont du paquebot. Il est complètement décalé dans son survet fort utile pour son footing dans l'hiver vosgien mais incongru pour un voyage dans les mers chaudes.

   Décalé, il l'est partout ! Il est le seul héritier de l'usine de jouets en bois de la famille mais sans la passion qui animait son père. Il laisse sa mère mener la barque et suit bon an mal an. Elle le presse pour qu'il prépare un discours commémoratif pour les trente ans de l'entreprise mais il tarde à s'y mettre.Il accepte aussi sans conviction de faire le onzième pour le match de foot qui précédera son speech.Sa mère lui tient la bride serrée, n'hésitant pas à lui faire un peu de chantage affectif quand elle sent chez son fils des velléités d'indépendance. Lui, il rêverait d'une âme soeur, d'une compagnie autre que celle de son poisson rouge, d'une vie à lui où il ne serait pas" le fils de" mais un homme tout simplement.

   Il disparaît du village la veille de la fête. Il prend la poudre d'escampette et se retrouve sur ce paquebot, plein à ras bord de coeurs à prendre. Notre homme, à la silhouette d'échassier, comme embarrassé par son grand corps, a du mal à s'intégrer. Peu à peu, il commence à lâcher prise, à exister autrement qu'à travers les regards de sa famille, de ses amis et des habitants de sa ville d'origine. Enfin LIBRE !

   J'ai beaucoup aimé l'histoire de cette émancipation tardive. Cyril Pedrosa, même si son trait de crayon est parfois cruel pour certaines silhouettes, a une vraie tendresse pour les "cabossés" de la vie. Dans les albums que j'ai lus, la résilience est toujours possible, fragile, ténue mais possible.