Source: Externe

Ce texte est ma participation à l'atelier de Leiloona. Il s'inspire d'une photo de Kot.

   Jacques regarde attentivement les horaires de cinéma. Il les a déjà consultés à la maison mais éprouve le besoin de vérifier que sa séance est bien à 17h30. Avant, il va retrouver Paulette et pour l'occasion, il s'est fait beau. Ce matin, il s'est rasé soigneusement, a sorti une chemise blanche de son emballage du pressing et l'a enfilée avec précaution pour ne pas la froisser. Il aime s'apprêter pour ce rendez-vous hebdomadaire. Lui aurait souhaité la voir tous les jours mais son médecin a été formel. "A votre âge et compte-tenu de vos soucis cardiaques, ce serait mieux d'espacer vos visites". Au début, Jacques s'était rebiffé ! Ce n'était pas ce jeune blanc-bec qui allait le mettre au pas. Il avait ignoré ces conseils  mais très rapidement, il avait compris que le médecin avait raison. Il lui fallait du temps pour récupérer après chaque rencontre avec Paulette.

   Ce matin, il s'est réveillé tôt et s'est levé de bonne humeur. Il a sorti Bonhomme, son golden retriever qui comme lui, commence à prendre de l'âge et puis après, il s'est préparé un café bien serré. Il l'a dégusté, assis à la table de la cuisine, tout en parcourant le journal. Quand il doit voir Paulette, les heures semblent ne pas vouloir s'écouler. Il tente de deviner la tenue qu'elle va porter, la façon dont ses cheveux longs seront coiffés...

   14h arrive enfin. Il caresse Bonhomme et lui recommande d'être sage puis sort de l'appartement et rejoint sa voiture. Un petit coup d'oeil dans le rétro pour vérifier que son rasage est impeccable et en route...

   L'établissement n'est qu'à un quart d'heure de son immeuble. Il franchit le seuil et prend tout de suite la direction du salon. Elle l'attend toujours là-bas. Il l'aperçoit depuis la porte. Paulette arbore sa robe rouge et ses cheveux d'un blanc lumineux sont coiffés en une longue tresse. Il hésite à s'approcher, à entrer dans la pièce. Emilie, une aide-soignante, qu'il connaît bien maintenant, le voit et vient à sa rencontre.

- Bonjour, Monsieur Duteuil, allez la rejoindre ! Aujourd'hui, elle est plutôt en forme.

- Merci, je la regardais juste un peu avant de la retrouver. Elle est belle, non ?

- Oui, on s'arrange toujours pour qu'elle soit jolie quand vous venez. Les femmes restent coquettes !

   Jacques s'avance et arrive tout près du fauteuil où se trouve Paulette, sa femme. Il l'embrasse et lui caresse la joue puis s'installe sur le siège voisin. Il lui tient la main et lui parle de sa semaine. Paulette est là, sa main chaude dans celle de Jacques le prouve, mais son esprit est ailleurs, un ailleurs qui s'appelle Alzheimer.

   Tout à l'heure, il ira au cinéma. Il a choisi une comédie et se dit qu'il se laissera peut-être prendre par l'histoire. Sinon, il fera comme tous les samedis, il pleurera dans le noir.