Source: Externe

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   Il y a quelques semaines, vous m'auriez interrogée sur la Guyane, je vous aurais répondu : Kourou, Ariane, forêt tropicale, chaleur, humidité et gros (très gros) moustiques.Ne me jetez pas trop vite la pierre (ou la pépite) devant l'indigence de mes connaissances. Je vous parle d'un temps où mon amie Christine, dont le fils est en poste à Cayenne ne m'avait pas encore prêté les deux romans policiers de Colin Niel.

   J'ai dévoré les deux en une semaine et si le premier m'a plu, le deuxième m'a vraiment séduite.Dans Les hamacs de carton,nous faisons la connaissance du capitaine de gendarmerie, André Anato, un Guyanais de souche, un Ndjuka "noir-marron" (terme regroupant l'ensemble des peuples descendants d'esclaves noirs révoltés ou enfuis des plantations avant l'abolition de l'esclavage). Ses parents ont quitté la Guyane alors qu'il était très jeune et il n'en garde que de vagues souvenirs. Ils ont vécu à Meudon-La-Forêt, loin de leur famille et Anato se définit lui-même comme un "négropolitain". Il a demandé sa mutation à Cayenne après le décès accidentel de ses parents lors d'un très rare retour au pays. Il est en quête de lui-même, de ses racines, de la culture des Ndjukas qu'il ne connaît que de manière très superficielle.

   Euh, il est aussi sur place pour travailler et il prend vite la mesure de ses deux lieutenants, tous les deux métropolitains, Vacaresse et Girbal. Pour lui, Vacaresse est un "tatou" qui va creuser et recreuser les mêmes sillons jusqu'à trouver des indices. La méthode de Girbal fait plutôt de lui un "colibri" qui butine de lieu en lieu, sans logique apparente, et finit toujours par dénicher des pistes intéressantes. Le trio est rapidement confronté, dans le premier tome, à la mort suspecte de trois membres d'une même famille, une mère et ses deux enfants. Leurs corps ont été retrouvés dans les hamacs où ils s'étaient installés pour la nuit, sans trace apparente de violence. Cette enquête va mener Vacaresse jusqu'au village au bord de la rive française du Maroni où habitait la famille. Ce sera l'occassion pour lui (et pour le lecteur) de découvrir le mode de vie et les coutumes des "Noirs- Marrons". Parallèlement, dans la capitale, André Anato fait la connaissance d'une de ses nièces, Monique, de son conjoint métro au passé trouble et d'une fonctionnaire chargée de l'Etat-Civil dont les pratiques suscitent de nombreuses questions.

   Le deuxième tome Ce qui reste en forêt nous permet de mieux connaître Anato, Vacaresse et Girbal. Colin Niel sait nous intéresser à leur sort, sans privilégier le charismatique capitaine et délaisser le rondouillard tatou ou le fantasque colibri. Ils vont cette fois-ci devoir élucider un meurtre, celui de Serge Feuerstein, un éminent scientifique qui dirige la station de Japigny, au coeur de la jungle amazonienne. Mine de rien, l'auteur va nous parler de ce milieu d'une incroyable biodiversité, de la pollution et de la corruption qu'engendre l'orpaillage. Aucun exposé didactique, les éléments sont amenés tout naturellement au cours de l'enquête.Chaque membre du trio va aussi connaître des turbulences dans sa vie personnelle. Ils vont trouver le ou (les) coupables du meurtre mais au cours de cette affaire, ils auront aussi trouvé des réponses (agréables ou non) sur les questions qu'ils se posent sur eux-même.

Vivement le troisième tome !