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Ma propension à lire trop vite et à m'enballer pour les couvertures m'amène parfois à me faire des films qui nuisent au livre choisi. Pour le roman de Sylvie Gibert, j'ai réussi à cumuler une erreur sur le titre et une interprétation de la couverture qui s'est avérée fausse. Dans un premier temps, j'avais retenu que l'histoire mettait en scène une jeune femme peintre  (jusque là pas d'erreur) mais je la voyais peignant dans un atelier avec des POISSONS. Immédiatement, mon cerveau en mode google a imprimé sur ma rétine ce tableau de Matisse : "Les poissons rouges".

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   Me voilà déjà embarquée pour un récit "méditerranéen" avec chaleur, couleurs et accent. Sylvie Gibert nous amène à Paris durant l'hiver 1880 qui fut d'une rigueur extrême et transforma la Seine en patinoire. Au temps pour moi...

   Une fois l'erreur rectifiée, le bleu glacé de la couverture, cette jupe entraperçue, cette main tenant un bocal plein de pinceaux me précipita dans un univers vénéneux où les intrigues et les faux-semblants se joueraient dans une ambiance de clair-obscur. Les POISONS y régneraient en maître comme la traîtrise dans les coeurs. Au temps pour moi, ce roman, plutôt réaliste, a une héroïne solaire, Zélie Murineau et s'il y a bien des affaires liées à des poisons, elles n'ont pas l'aspect maléfique que mon esprit leur avait accordé.

   Cette série de faux départs a contribué à rendre le début de ma lecture laborieux. Le roman ne répondait pas à mes attentes imaginaires. Par la suite, je me suis laissée entraîner à la suite de Zélie et j'ai pénétré avec elle à l'Académie Julian, premier atelier à ouvrir ses portes aux femmes. Le lecteur découvre les condisciplines de Zélie, les petites brouilles et les rivalités au sein du groupe de jeunes filles, leur envie de voir leur talent reconnu et leurs tableaux exposés au Salon, celui qui sacre à l'époque les tenants de l'Académisme et oblige les Impressionnistes à créer le Salon des Refusés. 

   Zélie est talentueuse mais les études à l'Académie coûtent cher et elle a commis un délit pour financer celles-ci. Elle se demande si sa rencontre, au jardin des Tuileries, avec Alexandre d'Arbourg, commissaire au Palais-Royal, est bien le fruit du hasard. Très rapidement, il lui demande de réaliser le portrait de sa filleule mais aussi d'enquêter discrètement dans la maison où il va l'introduire. Quelqu'un aurait tenté d'empoisonner le maître des lieux. Zélie n'ose pas refuser cette étrange requête car elle pense que le policier, aussi charmant que mystérieux, connaît son secret.

   Le duo ainsi constitué va nous balader des beaux quartiers de la capitale aux petites villes de sa périphérie beaucoup moins reluisantes. Leur "singularité" dans une société extrêmement normée va les rapprocher. Le sens de l'observation de la jeune peintre, la compréhension fine de l'âme humaine du commissaire vont se compléter et leur permettre d'élucider une histoire de poison dans une maison bourgeoise mais aussi une autre à beaucoup plus grande échelle.

   Le roman est plaisant mais il y manque le petit quelque chose qui rendrait Zélie inoubliable. Elle n'a pas l'envergure, la fougue, l'humour de Hazel, l'un des personnages de Anne Percin dans Les Singuliers.

   

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