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  Jubilatoire, exquis, savoureux ! Merci à Hannah Rothschild pour cette piqûre de rappel. La lecture, loin des querelles de chapelles littéraires, doit rester un plaisir et son roman, tourbillon de fantaisie et d'érudition en est une magnifique illustration.

   La maison de ventes aux enchères Monachorum&Sons est sur le pied de guerre. Le comte Beachendon, commissaire-priseur, briefe ses assistants sur les clients à "soigner" lors de la vente du jour : un tableau de Watteau, l'improbabilité de l'amour, qui fait le buzz. Notre tableau, véritable personnage, auquel l'auteur donne la parole dans de nombreux chapitres, s'offusquerait de l'emploi de ce terme vulgaire, lui qui a connu les fastes des palais. Et pourtant, dans notre société-people, tout a été fait pour qu'il suscite l'intérêt et la convoitise. Les acheteurs potentiels qui convergent vers Monachorum&Sons montrent bien l'efficacité du marketing agressif dont il a été l'objet. Deux oligarques russes contraints à l'exil, un émir et sa dispendieuse épouse, le Président de la République française, M.M Powder Dub-Box, un rappeur devenu millionnaire ainsi que quelques Chinois sont prêts à mettre la main à la poche pour acquérir l'oeuvre et le prestige qui l'accompagne.

   Mais revenons six mois en arrière, à l'époque où L'improbabilité de l'amour croupissait chez un brocanteur, recouvert de crasse, "déclassé", "délaissé", "has-been". Une jeune femme Annie Mc Dee cherche un cadeau pour Robert, rencontré cinq semaines plus tôt lors d'une soirée pour célibataires à la  Wallace Collection. Les musées, soumis à une diète financière, acceptent d'être le théâtre de ces événements pour renflouer leur trésorerie. A peine remise d'une rupture très douloureuse, Annie, venue à Londres pour tenter de percer dans le monde de la cuisine, essaie de croire à cette histoire d'amour balbutiante. Elle déniche notre "merveille" qui lui paraît appropriée comme cadeau d'anniversaire, elle l'acquiert pour 75 livres, une somme rondelette pour son budget serré.

   Du studio un peu minable d'Annie aux ors de la salle des ventes, six mois vont s'écouler... Six mois que le lecteur ne va pas voir passer ! Hannah Rothschild anime toute une galerie de personnages qui ,tous, existent pleinement. Il lui suffit de quelques mots, comme pour Watteau quelques traits de pinceaux, pour donner vie aux électrons divers qui gravitent autour de l'Art. Certains sont d'un incroyable drôlerie, d'autres d'un cynisme absolu. L'auteure nous permet de découvrir les coulisses du marché de l'art actuel par le biais de ces protagonistes. Tous concentrent, pour des motifs différents, leur intérêt sur ce tableau, quintessence du sentiment amoureux, oeuvre d'un jeune peintre prisonnier d'un amour non payé de retour.

   Les péripéties s'enchaînent avec un timing impeccable, les scènes cocasses ponctuent le récit et déclenchent souvent le rire. S'entremêlent à ce tempo endiablé des petites notes d'érudition, des passages qui sont autant de déclarations d'amour à la peinture. Ce pavé, loin d'être indigeste, est comme un mille-feuille dont chaque feuille serait à déguster.

A consommer sans modération ! Un ENORME coup de coeur !

A paraître le 7 avril.

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