Source: Externe

Ce texte est ma participation à l'atelier de Leiloona. Il s'inspire d'une photo de Claude Huré. Impossible pour moi de résister à cette bouille !

 

   Pendant que Marc s'occupe d'enregistrer nos bagages au guichet 8, je m'empresse de photographier le panneau d'affichage et de zoomer sur notre destination, Oulan-Bator. Vite, un petit snapchat pour dire aux copines "Trop contente !".

Marc, je l'ai rencontré il y a six mois IRL. Mes parents, chez qui je passais le week-end, avaient invité leurs nouveaux voisins et leur fils à prendre un apéritif pour faire connaissance. J'ai opéré un hold-up sur le fils, 28 ans comme moi, logisticien dans l'humanitaire. Le soir même, je postais sur mon mur :" In love" sans préciser les circonstances de notre rencontre, atrocement banales.

   Depuis, nous nous voyons très régulièrement. Il m'invite souvent dans des restaurants qui sont de véritables invitations au voyage. Sur Instagram, je me suis régalée en montrant la soupe Pho de Hanoï, le poulet boucané de Guadeloupe ou le baklawa libanais. C'est la cuisine asiatique qui est la plus photogénique.

   Pour fêter nos six mois, nous partons en Mongolie. J'ai trouvé les billets d'avion dans ma boîte aux lettres. Un magnifique coffret en bois ouvragé, teinté en rouge, leur servait d'écrin. J'ai dégainé mon Smartphone, tweeté " Cadeau fou de mon Chéri #LaMongolie !" et en une fraction de seconde, tous mes followers étaient au courant.

   Dans l'avion, je ronge mon frein. Pas de connection possible ! J'aurais tellement aimé partager le plateau repas "so cute" avec ses portions lilliputiennes. J'aurais tellement aimé partager mon excitation à l'idée de passer une semaine en pleine steppe. Marc me regarde m'agiter avec un petit sourire. Lui ne s'ennuie pas, il est plongé dans le dernier roman de Ian Manook "Yeruldelgger" qui se déroule en Mongolie.

   Nous voilà enfin à destination après un vol qui m'a paru interminable et un trajet en bus de trois heures jusqu'au parc naturel de Khorgo où nous attend notre yourte. Je descends du bus,moulue, et mon regard est tout de suite accroché par les yeux pétillants d'un garçonnet. J'adore sa tenue, son bonnet en laine feutrée, son lien de parka mâchouillé. Vite, mon Smartphone, ce sera ma première photo de voyage. Je vais la retravailler en noir et blanc, elle va avoir un maximum de "J'aime" sur Facebook.

   Pas de réseau ! J'hallucine ! Une semaine perdue au milieu de nulle part et sans connexion.Je me tourne vers Marc et lui fait part de mon PROBLEME. Il n'a pas l'air de mesurer la gravité de la situation. Pour le coup, ça va vraiment être "Rendez-vous en terre inconnue". Une terre sans Internet, sans Mayday possible...