Source: Externe

Ce texte est ma participation à l'atelier de Leiloona. Il s'inspire d'une photo de Romaric Cazaux.

   Eléonore s'arrête un instant sur le seuil de la salle des mariages. Il n'est que neuf heures, elle est venue en repérage. La lumière d'août révèle sa silhouette fine sous sa robe légère. La solennité des lieux est égayée par un soleil aux éclats encore doux. Cet après-midi, Eléonore sera le témoin de sa meilleure amie et aussi la photographe officielle de cet événement heureux. Le sac qui contient ses appareils pèse lourd mais son épaule ne fléchit pas et elle reste droite, tendue à l'extrême.

  Elle va immortaliser le sourire éclatant de Julie, les larmes d'une grand-mère attendrie, les pitreries d'un petit neveu de trois ans que la cérémonie ennuie, le baîllement étouffé d'un frère qui peine à se remettre de l'enterrement de vie de garçon du marié, le maire ceint de son écharpe et de son sourire de circonstances.

   Elle passera sa journée derrière l'objectif et ainsi personne ne verra les larmes qu'elle chassera d'un battement de cils. Julie, sa copine depuis la maternelle, épouse aujourd'hui Pierre, qu'elles trouvaient déjà beau quand ils étaient tous les trois en grande section. Leur trio est devenu duo mais il semblerait que Cupidon n'est pas écouté ses prières. C'est vers Julie que se sont portés les yeux de Pierre.

   Eléonore a choisi avec un soin extrême sa robe, son armure haute couture. Ses cheveux, fraîchement coupés, encadre son visage soigneusement maquillé. Les salomés, qui lui font la cheville si fine, ont appartenu à sa mère mais leur cuir camel luit discrètement. Un bel emballage pour un coeur qui hurle.

   Un profond soupir lui échappe mais elle s'apprête à entrer dans la salle. Elle compte photographier les bouquets déjà disposés par la fleuriste, saisir la beauté des pétales de roses caresser par la lumière du matin. Des pas résonnent derrière elle, des pas qui se fondent dans son ombre. Elle sent des bras qui l'enlacent et elle s'appuie contre le torse devenu familier. Depuis début juillet, ils sont devenus amants. Les petits boutons du gilet du marié lui rentrent dans le dos...