Source: Externe

Ce texte est ma participation à l'atelier de Leiloona. Il s'inspire d'une photo de Kot.

  En ces temps où fleurissent les guides insolites, je vais proposer le mien qui ne vend pas du rêve mais du débilitant. Tous les goûts sont dans la nature ! Mon coeur de cible : les masochistes.

 Allez, je vous sens impatients de découvrir mon concept. Je vous propose quelques lieux où il ne fait pas bon s'attarder, à moins d'aimer se morfondre voire se mortifier.

La salle d'attente du dentiste
Si le vôtre comme le mien est du genre sportif à la cool, vous aurez droit à des fauteuils en osier, une petite table basse blanche sur laquelle une pile de magazines sur la voile est impeccablement rangée. Aux murs, des posters sur l'hygiène dentaire, la pose d'implants, les consignes à respecter si vous perdez une dent dans un accident (hyper flippant) et aussi quelques cadres avec des bateaux sur une mer bleu azur. C'est bizarre mais l'endroit, en apparence banal, vous semble terriblement hostile. Vous avez les mains moites, la gorge sèche et dans l'oreille le bruit de la roulette qui vous vrille les tympans...

La chambre d'hôpital
Si vous vous voyez contraint de séjourner quelques jours à l'hôpital ou si vous rendez visite à un malade, vous n'échapperez pas au mobilier qui ressemble à s'y méprendre à celui de l'ancienne RDA. Pourquoi mais oui pourquoi, le revêtement des chaises est-il de cette couleur improbable que l'on n'oserait pas qualifier de rose ? Généralement, il fait très chaud et la fenêtre ne s'ouvre pas. C'est sans doute pour que l'on profite au mieux de l'odeur de désinfectant et si par chance, vous arrivez vers 17h30, celle du bouillon servi vers 18h00. Vous pourriez être tenté de faire une pause et de vous rendre dans le kiosque à journaux/cafétéria/boutique de cadeaux. Ne vous y aventurer pas en soirée ! J'y ai vu des parts de tarte au citron meringuée qui réussissaient l'exploit de déplorer leur existence, les blancs d'oeufs avachis et la pâte ramollie...

Le couloir d'un établissement scolaire
C'est le grand soir de la réunion parents-professeurs et vous patientez au deuxième étage du bâtiment B devant la salle 248 pour voir Madame * . Elle a le bonheur d'enseigner les sciences physiques à votre ado qui vous raconte les blagues "trop drôles" faites pendant les TP. La lumière est faiblarde dans le couloir, la chaise bien dure et le temps s'écoule lentement. Vous n'avez pas spécialement envie d'entamer la conversation avec d'autres parents et accueillez avec bonheur le chariot emprunté au self que poussent avec entrain deux élèves latinistes. Pour une somme modique, vous aurez le droit à un café dans un gobelet en plastique et une touillette très esthétique. Vous sirotez votre café qui permettra de financer un voyage à Rome tout en fixant un graffiti sur le mur d'en face " Manon, t'es trop bonne". Oh, c'est bien votre nom que vous entendez ! Vous vous recoiffez nerveusement, prête à entendre la pénible vérité, votre héritier est un vrai casse-pied...

La salle de documentation de votre entreprise
C'est le lieu le plus impersonnel et le plus réfrigérant de l'immeuble. Vous supposez que l'idée à l'origine était de renvoyer une image d'efficacité, de rationnalité, de modernité. Pour vous, la salle semble sortie tout droit de l'univers d'Aldous Huxley : Le Meilleur des mondes. Les fauteuils alignés comme à la parade, l'ordinateur et son fond d'écran style "Big Brother is watching you", la froideur redoutable de l'immense inscription : DOCUMENTATION ne vous donne qu'une envie, prendre la fuite. Cet univers futuriste n'est pas conçu pour recevoir des êtres humains. Sa perfection glacée exige la présence d'androïdes, repousse les hommes dont le coeur palpite...