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   Vous avez vu cette ouverture ? Le couple de danseurs est partiellement caché par trois bandeaux élogieux, de quoi tétaniser mes petits doigts devant l'écran. Ecrire un article mi-figue mi-raisin sur un livre encensé par tant de lecteurs de qualité, c'est un exercice périlleux. 

Depuis sa sortie, ce roman me tente énormément. Quand je me trouve dans cette situation, je m'efforce de ne rien lire, rien voir, rien écouter sur celui-ci pour ne pas être influencée au moment de découvrir les premières lignes. Je me transforme en sage petit singe.

 

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   La lecture terminée, je rédige mon article à chaud et je m'accorde ensuite le droit de faire "la tournée des popotes" ( blogs favoris, interview de l'auteur chez Mollat et presse spécialisée).

   Mea culpa ! J'étais tellement embêtée de ne pas m'être laissée embarquer par le livre que j'ai dérogé à la règle. Avant de vous confier mes impressions, j'ai jeté un coup d'oeil sur l'interview d'Olivier Bourdeaut chez Mollat. Il n'y a pas mis du sien. Je l'aurais voulu détestable, imbu de lui-même, cela m'aurait facilité la tâche. Et non, cet homme est non seulement bien fait de sa personne mais en plus, il est sympathique, drôle et humble. La tuile !

   Allez, je me lance ! ( Courage, Albertine me souffle-t-on dans l'oreillette ). "En attendant Bojangles" raconte un amour fou qui débute dans les bulles de champagne et finit dans l'eau d'un lac. 150 pages vite lues qui obligent très rapidement le lecteur à entrer dans la danse... ou pas. Un petit garçon, avec la candeur de son âge, nous décrit son quotidien fantasque, ses parents qui font de la vie une fête perpétuelle, et les facéties de leur grue "domestique", Melle Superfétatoire. En contrepoint à cette narration, s'intercalent les carnets du père qui nous montrent ce même quotidien sous un autre angle. Tous les deux vouent un amour sans borne à la femme de leur vie. Le petit garçon rivalise d'inventivité pour l'épater, le mari la protège de la réalité et s'efforce d'être à la hauteur de sa "fantaisie", de sa "folie". Tous les trois s'isolent peu à peu du monde et tournent et virent au son de "Mr Bojangles" de Nina Simone. A un moment pourtant, la musique va s'arrêter et les deux preux chevaliers n'arriveront plus à protéger leur reine adorée.

   Assez vite, une autre histoire d'amour fou est venue parasiter ma lecture. J'avais sans arrêt en tête "L'écume des jours" de Boris Vian et cette surimpression était gênante. La narration faite par des enfants me pose souvent problème. Je trouve qu'il est excessivement difficile de placer les mots justes dans la bouche d'un personnage enfantin, de retranscrire sa vision du réel. Dans ce roman, Olivier Bojangles use parfois de ce procédé pour créer des quiproquos, l'enfant ne comprend pas une situation ou des expressions employées par les adultes. L'écrivain joue de la naïveté du garçonnet pour susciter le rire. A d'autres moments, ce même narrateur semble avoir la maturité d'un vieux sage. Ce grand écart m'a laissée perplexe.

   Pour en revenir au titre de l'article et pour terminer celui-ci, je crois surtout que j'ai fait tapisserie, que je ne suis pas entrer dans la danse faute d'empathie avec les personnages. Pour qu'il y ait empathie, il est nécessaire de croire en l'existence de ces êtres d'encre et de papier. Pour moi, ils sont restés un couple glamour, sur papier glacé,  ils ne se sont pas incarnés.

Une lecture en demi-teinte

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