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   Un nouveau roman, où la danse occupe une place centrale comme dans "En attendant Bojangles" mais, cette fois, je n'ai pas fait tapisserie. Tim Gautreaux nous prend par la main et nous conduit tout droit à Tiger Island, une bourgade de Louisiane, pour y retrouver Beau Gosse (alias Paul Thibodeaux). Les distractions sont rares dans la petite ville. Dans les gargotes qui ont poussé comme des champignons avec l'installation de puits de pétrole, on peut déguster des écrevisses et des crabes au poivre, participer à des bagarres généralisées et danser le jitterbug. Beau Gosse a la danse dans le sang et Colette, son épouse, est la partenaire idéale. Seulement, elle se fatigue vite, rentre se coucher tôt et Paul continue à faire virevolter des filles jusqu'au petit matin. Tous les deux sont très jeunes et n'ont pas les mêmes rêves en tête, la même idée de leur futur.

   Colette, une maîtresse femme, parfois d'une incroyable dureté, va quitter la ville de leur enfance pour "l'ailleurs", en l'occurrence la Californie. Elle veut faire carrière, être riche, acheter une voiture classe et puissante. Elle aura tout mais connaîtra la solitude et la nostalgie. Colette a laissé derrière elle Beau Gosse qu'elle juge trop casanier, pas assez ambitieux, le "bon" gars féru de mécanique, heureux avec peu. Paul saura lui prouver qu'elle l'a sous-estimé et ils traverseront ensemble les années 80 et la crise pétrolière qui plonge la région dans la misère.

J'ai adoré ce roman qui nous plonge au coeur du bayou. Autour du couple central gravitent les membres de leur famille et leurs amis, tous décrits avec un réalisme teinté d'humour et d'humanité. Je me suis sentie littéralement transportée dans cette Louisiane écrasée par la chaleur et l'humidité. J'ai roulé en même temps que Paul ou Colette sur les petites routes recouvertes  de coquilles de praires ou d'huîtres. J'ai savouré les gombos qui ont mijoté de longues heures sur le feu de la gazinière. De nombreux personnages ont un caractère bien trempé, voire mauvais caractère pour tout dire et leurs emportements sont à la fois homériques et drolatiques.

Le style (La traduction de Marc Amfreville est une vraie réussite) est à la hauteur de scènes d'anthologie : chasse aux ragondins, enfermement dans une chaudière, concours de tir dans un boui-boui ou sauvetage en mer qui transforme des outsiders en héros. Que dire encore ? Quand j'ai refermé ce livre, j'étais triste. J'aurais bien encore danser le jitterbug avec Beau Gosse, quitte à me faire étriller par Colette.

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