Source: Externe

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   Honnêtement, j'appréhendais la lecture de ce roman. Je suis plutôt tasse de thé que grand bol d'air. "Le grand marin" a déjoué tous les pronostics. Je n'ai pas trouvé ce livre "parfait", certains passages sont un peu longs, certains effets de style un peu artificiels mais une évidence s'est imposée : Catherine Poulain est une auteure et une grande !

   Dans le livre qui est parvenu jusqu'à moi, des passages sont soulignés, encadrés, des pages cornées, autant de signes d'une lecture active et passionnée. J'ai bien aimé connaître de cette façon les pages "élues" par une autre participante des "68premièresfois". J'ai souvent été d'accord avec ses choix, j'en aurais bien rajouté d'autres. Au fil des chapitres, des phrases, des paragraphes sont d'une éblouissante beauté et laissent le lecteur KO. La nature, sa violence et son imprévisibilité sont retranscrites dans une langue forte, âpre, alliant le réalisme et une sorte de poésie sauvage.

   L'histoire, c'est celle de Lili, jeune Française, poids plume, petit moineau perdu, qui rêve d'atteindre Point Barrow, le point le plus septentrional de l'Alaska. Elle fuit son passé, qui remonte en spasmes douloureux. Pour éviter d'y penser, elle veut pêcher, affronter les éléments, s'épuiser, voire se tuer à la tâche. Lili veut se frotter à la rudesse et à la beauté de la mer. Elle va connaître le quotidien difficile à bord d'un bateau, les marins qui ont besoin de leur dose de mer comme un fumeur de ses cigarettes. Son corps va s'endurcir mais aussi souffrir. Ses nombreuses blessures ne l'arrêtent pas, tant elles paraissent un obstacle dérisoire devant sa soif d'Océan, d'espaces immenses, de liberté infinie.

   Lili est un personnage profondément tragique qui flirte sans arrêt avec les limites dans son combat contre la mort. Le moineau, chaussé de bottes trop grandes et percées, ne conçoit son existence que dans le violent, le vibrant, quitte à y perdre la vie.

                                                Un grand roman, une vague d'émotions fortes


"  Qu'est-ce qui t'a fait venir ici ?

 - Je sais pas, j'suis partie. Enfin si, je savais, bien sûr que je savais... J'étais sûre de cela au moins, que ce serait différent ici. Je me disais que ce serait plus propre sur l'océan. Peut-être aussi que je voulais me battre pour quelque chose de puissant et beau, je continue en suivant des yeux l'oiseau. Risquer sa vie mais au moins la trouver avant... Et puis, je rêvais d'aller au bout du monde, trouver sa limite, là où ça s'arrête.


 - Et après ?

 - Après quand je suis au bout, je saute.

 - Et après ?

  - Après, je m'envole. "