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   Ce livre, pas si facile à "apprivoiser", me fait écrire que j'ai eu raison de suivre L'insatiable Charlotte dans sa folle aventure. Je ne pense pas que j'aurais emprunté ou acheté "Le monde entier". Les premières pages ne m'ont pas immédiatement plue mais motivée par le challenge "les68premièresfois", j'ai continué ma lecture et le charme a opéré. Un charme discret, insidieux, un style en apparence sans grand relief et au détour d'un paragraphe, une phrase d'une sublime intensité.

   L'histoire se déroule sur trois jours, trois jours qui vont changer le cours de l'existence de Chevalier. Ce quadragénaire célibataire promène sa solitude sur sa mobylette. Il sillonne toujours les mêmes routes, pour aller au boulot ou au café, pour se rendre dans son petit jardin ou à l'étang pour pécher avec son ami Ségur. Il se satisfait de son sort, de sa vie circonscrite dans un minuscule périmètre. Il aurait peut-être aimé voyager mais n'a jamais bougé. Il aurait peut-être pu épouser Claudie, son amour de jeunesse mais il ne s'est jamais déclaré. Il est pépère avec sa mobylette, son potager et son chat à gratouiller. Pépère oui, heureux, c'est une autre question qu'il évite soigneusement de se poser.

  Un samedi soir d'août, sur sa route, il découvre une voiture dans le fossé. N'écoutant que son courage, inquiet à l'idée que le véhicule ne s'enflamme, il porte secours aux passagers : un homme et deux femmes. Sa mission accomplie, il laisse son corps s'exprimer et s'évanouit, terrassé par ses blessures. Il se réveille le lendemain à l'hôpital. Il ne le sait pas encore mais sa vie ne sera jamais plus comme avant. Chevalier apprend tout d'abord qu'une des passagères n'est jamais arrivée jusqu'à l'hôpital. Elle s'est fait la malle avec sa mobylette, sa veste et son porte-feuille. Il a à peine le temps de tempêter sur l'ngratitude humaine que Ségur lui ramène à la maison sa Mobylette et aussi une jeune fille noire, la "voleuse" qui a l'air complètement perdue et ne dit pas un mot. Sans qu'il comprenne vraiment pourquoi, il prend la décision de l'héberger. La maison, alors, prend une autre dimension. Elle devient un abri pour oiseau tombé du nid. Elle acquiert une âme, s'anime. Rapidement, le papy qui habite le logement mitoyen, opère un rapprochement stratégique. Les deux hommes vivaient côte à côte sans rien partager. Une jeune fille "leur tombe dessus" et voilà qu'on sort la table de jardin, les chaises et le parasol, que l'on équeute les haricots pour préparer un repas à partager tous les trois. Ce qui est terrible quand on commence à s'ouvrir aux autres, c'est l' effet "boule de neige". On commence à parler, à se confier, à se demander si la solitude n'a que des vertus...

                Un personnage profondément attachant, un univers proche de celui de Marie-Hélène Lafon

Un extrait, rien que pour le plaisir

  "Il aimait marcher la nuit mais le faisait peu, par manque d'occasion, et puis les gens normaux ne courent pas la campagne à ces heures-là, il faut avoir une raison. C'étaient les odeurs surtout qui le rendaient fous, les odeurs d'été à la tombée de la nuit explosent comme des feux d'artifice, se soulèvent de terre comme des flammes, s'en font lècher les gens qui passent comme pour leur dire de s'arrêter, d'être obéissants, de soumettre leurs sens à l'enchantement."

 

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