Source: Externe

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   Ne vous fiez pas au titre "Le Club du tricot" qui semble nous offrir comme horizon d'attente des mamies et de jeunes mamans préparant amoureusement layette, pull, châles et autres chaussettes au point de mousse ou de jersey. Maria Reimondez campe des personnages bien plus haut en couleur qui se trouvent réunis par une envie commune de tricoter, mais dont les parcours de vie sont très différents. Que peuvent avoir en commun Elvira, vieille grenouille de bénitier et Luz, prostituée de quarante ans à l'âme et au corps usés ? La même question se pose pour Matilde, au physique éléphantesque, hors norme, que le 19ème siècle aurait utilisé comme phénomène de foire et Rebecca, à la plastique de poupée Barbie ? Idem entre Axos, professeur d'économie à l'université et Fernanda, l'unijambiste qui n'a comme public que les poules élevées dans sa courette ?

   6 femmes, 6 destins et un point de convergence, la maison de quartier où elles se retrouvent le jeudi soir pour le cours de tricot. Le roman s'ouvre sur des faits divers, des décès accidentels ne touchant que des hommes. Curieusement, ceux-ci semblent avoir été évoqués lors des conversations au cours. Au fil des semaines et des ouvrages qui avancent, les six femmes se confient, se dévoilent, se révèlent autres que les étiquettes que la société leur a collées sur le front et en viennent à former une sororité farouchement féministe. Chacune à leur tour, les membres du club nous racontent leur histoire, nous faisant passer du quotidien d'une "bigote" à celui d'une "travailleuse du sexe", des questions existentielles d'une universitaire à celles d'une femme de ménage. Ces quotidiens sont tous marqués par la présence, à quelques rares exceptions, d'hommes imbus de leur pouvoir, d'une bêtise parfois crasse et souvent prêts à jouer du poing pour avoir le dessus. Ils auraient dû se méfier de ce loisir inoffensif qu'est le tricot. Qui dit tricot dit aiguilles et elles ne sont pas s'en rappeler la forme d'une épée. 

   Les ouvrages avancent et l'hécatombe commence. Pour ces femmes, la devise "A la fin de l'envoi, je touche" devient une réalité. Ce roman, militant, à l'excès peut-être, peut se lire aussi comme un conte moderne où des femmes armées de leurs aiguilles pourfendraient le machisme ordinaire et les idées reçues.

   J'ai apprécié cette lecture même si la construction du roman m'a parfois semblé un peu artificielle et la traduction de temps en temps maladroite. Maria Reimondez nous offre de beaux portraits de femmes, indépendamment du discours féministe très prégnant.