Source: Externe

   Sur la couverture, j'imagine Ibrahima, Rayan et Kevin dans ce manège à sensations. Les trois ados seraient grisés par la vitesse, malmenés, secoués, déstabilisés mais pour leur plus grand plaisir. Dans les cris qu'ils pousseraient, il y aurait autant de peur que d'excitation et de bonheur.

   Dans ce manège, la vie s'accélère pour de faux. Pour les trois garçons, au coeur de ce roman, leur vie s'est vraiment emballée et les a conduits, à être placés dans un foyer. La figure la plus saisissante du livre, à mon avis, est Ibrahima, quinze ans, qui a quitté son Mali natal et pris le chemin dangereux de l'exil. Avant d'arriver au foyer, il va connaître les horreurs que subissent les migrants. Julie Lamiré dévoile peu à peu le parcours d'Ibrahima au travers des prières qu'il adresse à sa mère défunte. Il lui confie ses peines, son incompréhension devant le comportement de certains adultes, sa foi intacte mais contestée, et à juste titre, quand il la brandit pour juger sans nuance. Au foyer, les éducateurs et le psychologue vont l'accompagner sur le chemin de l'intégration. A l'école, dans une classe spécialisée, il va rencontrer un professeur passionné, qui parle le bambara mais dont la mission est de  lui donner les clés de notre langue. Ibrahima, figure de proue de ce roman généreux, ne fait  pas pour autant de l'ombre à Rayan, placé temporairement au foyer. Après le décès de son père, au virage de l'adolescence, il a dérapé et a été éloigné temporairement de sa mère et de son frère. Ce concentré de colère, de rage, de tendresse contenue aussi, va tenter de retrouver le "droit" chemin. Pour cela, il lui faut démêler tous les sentiments contradictoires qui s'entrechoquent dans sa tête souvent embrumée par la drogue. Rayan a souvent dans son sillage Kevin, retiré à ses parents alcooliques. Il lui dit régulièrement qu'il n'est qu'un boloss  mais accepte tacitement sa présence. Kevin, le préféré de Fatoumata, l'une des éducatrices, a été doté d'une "intelligence limitée" mais d'une coeur immense, d'un coeur qu'un rien écorche.

   Autour de ce noyau central gravitent les personnels du foyer, éducateurs, secrétaire, psychologue, au plus près des "pensionnaires". Plus loin du noyau et beaucoup moins concernés, le Directeur et la chef de service. Tous ces personnages de second ou d'arrière-plan ne m'ont pas tous convaincue. J'ai aimé Fatoumata, la guerrière, animée par la fougue de la jeunesse, Nathalie, la secrétaire, un arc-en-ciel vestimentaire. J'ai moins adhéré aux histoires qui se nouent et se dénouent des autres protagonistes.

   J'ai souvent senti les larmes me monter aux yeux lors de cette lecture. Ibrahima, Rayan, Kevin, ces ados déjà abimés, sont "attachiants" et nous rappellent que la vie est âpre, violente, injuste. Julie Lamiré nous montre aussi qu'elle peut être douce et fraternelle.

                Un premier roman, deux femmes Julie et dans l'ombre Stéphanie, trois garçons inoubliables