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   Ce roman est le premier des neuf en lice pour le Prix du meilleur polar des lecteurs de Points. J'ai la chance de faire partie du jury et j'ai choisi de commencer l'aventure par "La madone de Notre-Dame". Notre-Dame  de Paris reste pour moi indéfectiblement attachée au chef-d'oeuvre de Victor Hugo et je crois qu'il doit en être de même pour l'auteur. Au moins trois des personnages nés de l'imagination d'Alexis Ragougneau semblent entretenir une filiation avec les héros inoubliables de la fiction-fleuve de son illustre prédécesseur. La madone est la figure centrale de ce roman policier, celle que l'on fête en grandes pompes le 15 août, celle dont l'image est déclinée sous toutes ses formes  dans la cathédrale : statues, peintures, reproductions sur les cierges ou sur des pièces de monnaie, dessins d'un jeune homme perturbé. Le 15 août justement, une jeune femme, belle comme une madone mais provocante comme une Esméralda, perturbe le déroulement de la procession. Vêtue d'une courte, très courte robe blanche, elle coupe le souffle même celui des hommes d'église et cherche à en découdre. Avec qui ? Avec quoi ?. Elle est retrouvée, morte, le 16 août, au matin, au sein même de Notre-Dame, assise devant une statue de la Vierge, comme plongée dans la plus profonde des dévotions.

   Comment l'enquête policière va -t-elle pouvoir se dérouler sans perturber la machine à "cash" qu'est devenue la cathédrale ? Au nom des intérêts supérieurs du l'économie touristique, les investigations vont être confiées au commandant Landard, aux méthodes aussi douteuses qu'expéditives. Tant qu'à faire, le substitut choisi sera une jeune trentenaire à fleur de peau,  trop concernée et donc trop "compationnelle" quand il s'agit de violences commises sur des femmes. Ce duo arrive rapidement à "résoudre" cette affaire. A la résoudre vraiment ?

   C'est là qu'entre en scène le père Kern, un homme dont la maladie a stoppé la croissance et qui souffre chaque jour dans sa chair. Vous pensez sans doute à Quasimodo. Son mal n'est pas aussi visible et l'homme sait s'entourer. A l'aide des humbles, des sans-grades, des clochards, d'une vieille dame au chapeau orné de coquelicots, d'un détenu amateur de café et d'énigmes à dénouer, le père Kern va jouer les enquêteurs. Il va  remonter loin dans le temps, sur les traces d'un jeune lieutenant pendant la guerre d'Algérie.

   Ce premier polar se lit avec plaisir. Découvrir l'envers du décor de Notre-Dame est intéressant et le personnage du père Kern d'une humanité remarquable.