Source: Externe

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   J'appréhendais le moment d'ouvrir "De nos frères blessés". Je suis toujours réticence face aux récits qui redonnent vie à des personnes qui ont réellement existé. Je m'interroge toujours sur la manière dont l'auteur se glisse dans la peau, ici de Fernand Iveton, et nous donne à ressentir ce que ce dernier a ressenti. Comment retranscrire le vécu de cet homme, décapité à trente ans à Alger en 1956 ? Décapité pour avoir voulu que l'Algérie soit indépendante, décapité pour avoir posé une bombe dans un local désaffecté de son usine (pour éveiller les consciences mais ne pas avoir de sang sur les mains), sacrifié par René Coty à la Raison d'Etat, livré en pâture pour calmer la "meute".

   J'ignore si Joseph Andras est parvenu à épouser les pensées les plus profondes de ce jeune homme épris d'idéal, mais son livre est beau et bouleversant. La construction du roman où l'ombre et la lumière se succèdent est particulièrement prenante. Le lecteur plonge avec Fernand Iveton dans les "ombres" qui ont suivi son arrestation : tortures, procès expédié, articles de journaux calomnieux et cette grâce qui se fait attendre... Ces trois mois sont entrecoupés par des zones de lumières : les retours en arrière sur sa rencontre avec son épouse Hélène, sur son enfance dans un quartier animé d'Alger, les conversations avec ses camarades de cellule, la lecture des Misérables.

   "Le Carré des Allemands" de Jacques Richard n'était par exemple que noirceur. Joseph Andras entremêle le sombre et l'éclatant, la violence la plus abjecte et la douceur extrême. Cet entrelacs nous mène jusqu'à la fin du livre et alors les larmes coulent, le coeur pris en étau par le sacrifice d'un homme, par les tenants du pouvoir.

   Ce premier roman est aussi l'occasion pour les lecteurs de découvrir un style, une écriture assez prosaïque mais qui vous cueille au détour d'un paragraphe par une phrase à la poésie farouche.


Un coup de coeur