Source: Externe

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    Deux couvertures qui ont attiré mon attention, deux résumés lus rapidement, deux livres qui ont atterri tout en haut de ma PAL estivale. La préface du deuxième m'a permis de découvrir, coïncidence heureuse, que ces deux romans avaient de nombreux points communs. Peyton Place(1956), comme La vallée des poupées (1966) ont défrayé la chronique en leur temps. Il faut dire que Grace Metalius et Jacqueline Susann écornent l'image de l'Amérique parfaite, corsetée de vertu et drapée de rêve. Leurs livres vont connaître un énorme succès mais être éreintés par des critiques plus préoccupés de bienséance que de qualité littéraire. Ces deux fictions seront adaptées, Peyton Place sous la forme d'un soap édulcorant complètement le propos de l'auteure, La vallée des poupées sous la forme d'un film qui ne restera pas dans les annales du cinéma.

    A Peyton Place, petite bourgade de la Nouvelle-Angleterre, l'année 1940 s'annonce on ne peut plus ordinaire. Les "nantis" habitent les beaux quartiers et ne se préoccupent que très rarement des habitants de "la  zone". On reste dans l'entre-soi et tant que les apparences sont sauves, les squelettes peuvent s'accumuler dans les placards des belles demeures ou les recoins des cabanes faites de bric et de broc. Les adultes maîtrisent parfaitement les règles de ce jeu de dupe social. Il n'en est pas de même pour Allison Mackenzie et Selena Cross, deux amies de treize ans, l'une issue d'un milieu aisé, l'autre de la zone. Nous les voyons grandir, ouvrir les yeux sur ce qui les sépare, affronter des épreuves différentes. Elles permettent au lecteur d'aller au delà du vernis "mondain", de passer dans les coulisses du décor trop lisse de Peyton Place. Grace Metalius écrit avec un sens aigu du détail, restituant avec réalisme le quotidien de la ville et les caractères des personnages. Elle connaîtra une triste fin, morte à 39 ans d'une cirrhose du foie. Terrible "punition" pour s'être approchée au plus près de la vérité ?

   Jacqueline Susann nous entraîne dans un univers très différent. Anne Welles, l'une des héroïnes, vient elle aussi de Nouvelle-Angleterre mais elle s'empresse de la quitter pour New-York, qui cristallise tous ses rêves. Elle a 20 ans, possède une beauté glacée à la Grace Kelly, et veut VIVRE, sans trop savoir d'ailleurs ce qu'elle met derrière ce verbe. Elle sait en tout cas ce qu'elle ne veut pas : une vie rangée de femme au foyer. Son physique facilite son embauche comme secrétaire chez un avocat spécialisé dans le théâtre. Elle fait la connaissance, grâce à lui, du monde du spectacle et des stars montantes ou déclinantes. Elle se lie d'amitié avec deux autres jeunes femmes, Neely O'Hara, 17 ans, du talent et un fort tempérament et Jennifer North, d'une gentillesse et d'une humanité bouleversante que peu de personnes connaissent, s'arrêtant uniquement à sa plastique éblouissante. L'auteure retrace le parcours de ses trois personnages féminins sur une vingtaine d'années. Les strass et les paillettes du show business perdent de leur éclat et les jeunes femmes de leur innocence. Pour voir la vie en rose, elles auront besoin de l'aide de médicaments "miracles", surnommées les poupées, des gélules poisons pour leur faire accepter d'être les "poupées" d'une Amérique qui voue un culte à l'apparence. Le style, n'a pas l'aspect policé, élégant de Peyton Place. Jacqueline Susann écrit crûment, du moins pour l'époque, et un parfum de scandale accompagne la sortie de son roman.

   Les éditions 10/18 ont eu une excellente idée en remettant dans la lumière Peyton Place et La vallée des poupées, deux romans clés pour appréhender la condition féminine dans les années 50 et 70.