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    Avant même d'aller découvrir l'avis d'autres lecteurs sur "Petit pays", j'ai envie de déverser mon émotion sur l'écran. Certaines histoires ne passent pas, ou peu, par le philtre de l'analyse critique, elles vont droit au coeur. Gaël Faye, dans ce livre où fiction et autobiographie sont intimement mêlées, nous ramène au Burundi en 1993. Il renoue avec son passé, avec le "vert paradis" de son enfance avant que son innocence ne soit fracassée par l'irruption de la violence dans l'impasse où il vit à Bujumbura.

   Le début du livre a la douceur du souvenir, la nostalgie joyeuse. Gaby, le narrateur, a dix ans. Lui et sa petite soeur Ana sont préoccupés par les relations conflictuelles entre leur père, français, et leur mère, rwandaise de l'etnie Tutsi. Ses soucis restent en arrière-plan, de même que tous les problèmes des adultes. Son quotidien, ce sont surtout les copains de l'impasse, les jumeaux, Armand et surtout Gino, le presque frère, depuis qu'ils ont mélangé leur sang. Ils ont établi leur quartier général dans l'épave d'un Combi Volkswagen, s'amusent dans la rivière Muha, volent au nez et à la barbe des habitants du quartier les mangues les plus juteuses des jardins. L'heure n'est pas encore au questionnement. A dix ans, peu importe qu'on soit blanc ou noir, hutu ou tutsi, riche ou pauvre. Chaque journée apporte son lot de petits bonheurs : une fête d'anniversaire, une bière au cabaret à écouter les conversations des adultes, un séjour au Rwanda chez Tante Eusébie et le plaisir de revoir les cousins, des lettres d'une correspondante française, un après midi piscine, véritable quintessence du bonheur de l'enfance. Ce "petit pays", délimité par les frontières du quartier, régi par des lois qui prévalent  uniquement chez les enfants,  va être détruit par l'embrasement du grand pays, Le Burundi. Le chaos s'installe après les élections de 1993, en même temps que le génocide Tutsi au Rwanda. Hutu et Tutsi s'affrontent aussi au Burundi.

   Son père s'efforcera longtemps de les tenir, écartés, lui et Ana, de la folie de hommes. Sa mère, elle, reviendra du Rwanda, brisée. L'esprit hanté par les fantômes de ses proches, morts dans des conditions atroces, elle passera du mutisme à un flot de paroles insoutenables pour des oreilles d'enfant. Le temps de l'innocence se termine, la situation oblige Gaby à prendre partie. Il a onze ans et vient de découvrir les livres et l'ivresse de la lecture grâce à sa voisine Mme Economopoulos.  Ses "copains" le ramènent à la réalité, ne lui permettant pas cette échappatoire dans la beauté des mots. Il a onze ans et avant de partir pour la France, il va commettre une action qui scellera la fin de son enfance.

Un très beau livre, porté par une langue qui sait se faire joyeuse, poétique ou tragique. Un hymne à l'innocence perdue, aux "petits pays" que la violence des hommes tue.

   

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Lu en numérique via Netgalley