Source: Externe

   Anaïs Llobet, journaliste à l'A-F-P était présente aux Philippines lorsque le typhon Haiyan, qualifié de plus puissant de l'histoire, a semé la désolation sur son passage. Ce premier roman emprunte très certainement de nombreux éléments au vécu de l'auteure. Le personnage principal, Madel, est la présentatrice française de Phil24. Elle vit à Manille mais se trouve à Tacloban au moment où les vents vont se déchaîner. Elle passe quelques jours chez son nouvel amoureux, Jan, un chirurgien esthétique, qui possède la plus belle maison de cette petite bourgade. Peu familière des tempêtes tropicales, elle pense être relativement en sécurité dans cette demeure, bien plus solide que la plupart des constructions de la capitale de l'île de Leyte.

   Cloîtrée dans la maison, elle attend le typhon appelé Yolanda  par les Philippines. Madel s'apprête comme les autochtones à découvrir après le passage de celui-ci  de nombreux dégâts. Elle écoute la radio comme pratiquement tous les habitants et sent la panique derrière l'expression  Storm surge employée soudain par les animateurs. Le typhon va être accompagné d'une "onde de tempête", l'équivalent d'un tsunami mais faute d'une traduction appropriée, le danger n'est pas clairement identifiée. La vague dévastatrice va prendre au piège tout ceux qui n'ont pas fui vers les hauteurs. Jan quitte la maison alors même que la tempête a commencé, réveillé par les cris des cochons. Il sort vérifier leur état, la laissant en compagnie de Lally, la domestique et d'un petit voisin Rodjun, âgé d'à peu près trois ans.

    Brutalement, les flots envahissent la maison, poussés par des vents mugissants. Madel "sombre "et quand elle reprend ses esprits, se retrouve perchée sur une commode de la chambre où tous avaient cherché refuge. Sur le lit Lally gît, noyée. Elle se souvient alors qu'elle a lâché les mains de Rodjun et que la vague l'a emporté. Ce typhon accompagné d'un tsunami a quasi rayé Tacloban de la carte. Madel fait partie des survivants et va nous raconter "l'après" dans une ville dévastée : ses tentatives pour retrouver Jan et Rodjun, ses rencontres avec d'autres survivants (capitaine des pompiers, fonctionnaire chargée de recenser les décès, médecin de ville se transformant en urgentiste...), ses reportages en binôme avec Irène, qui tient la caméra, pour faire prendre conscience au monde de l'ampleur de la catastrophe, son retour à Manille, à jamais hantée par ceux que l'océan lui a volés.

   Le style de ce roman, simple et percutant, tient beaucoup de l'écriture journalistique. Les phrases sont courtes, le système de temps (présent/passé composé) efficace.Ce choix maintient parfois le lecteur un peu à distance. Il n'empêche que nous devinons, en arrière-plan, une urgence, un besoin de mettre par écrit des événements tragiques auxquels, malgré tout, il faut survivre. 

   Ecrire devient le moyen de témoigner, de décrire "l'indescriptible", d'alerter aussi sur les dangers du réchauffement climatique qui crée des phénomènes météorologiques de cette ampleur.

Un livre fort des "68 premières fois"

Lu en numérique via Netgalley