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  Ce polar reçu lors de la dernière édition de Masse Critique n'a pas déçu mes attentes. Dense, dépaysant, il a eu la place d'honneur sur ma table de chevet deux soirs durant. Alexis Ravello a créé une bande de bras cassés dans la lignée de Donald Westlake. Diego (alias Le Marquis) et son amoureuse Lola écument Grande Canarie, ce sont des escrocs à la petite semaine, sans envergure et sans perspective d'avenir. La trentaine arrivant, il leur vient des idées de se ranger, d'une vie plus tranquille avec plats mijotés avec les légumes de leur potager. Ils sont "mûrs" pour la proposition aussi gonflée qu'improbable d' Eusebio Le Gaucher, celui qui a tout appris de l'art de la cambriole à Diego. Eusebio, devenu chauffeur d'une des grosses fortunes de l'île, envisage, rien de moins, le kidnapping de la fille de son patron. Comme le souligne l'inspecteur-chef Serrano qui sera chargé de l'affaire " au palmarès des crimes imbéciles, leur coup figurerait juste derrière le braquage d'un commissariat ou le hold-up d'une banque de sperme". S'attaquer à Isidro Padron Alfonso surnommé l'Enclume et vouloir lui soustraire une part de l'argent sale qu'il blanchit, c'est téméraire. Suicidaire même quand on sait que son associé Marcos Perera, dit Le Marteau, avec son équipe de "mercenaires" sanguins va l'aider à retrouver sa fille... Pour faire le poids, Diego et Lola font appel au service du Sauvage, montagne de muscles au coeur en chamallow et de Felo le Foncedé, "adulescent" amateur de documentaires animaliers, quarante kilos, tout mouillé.

  La grande réussite de ce roman réside dans l'aspect choral, entièrement maîtrisé. Les personnages sont nombreux et pourtant tous existent, se révèlent au cours de cette rocambolesque et sanguinolente aventure. Le lecteur suit le kidnapping de multiples points de vue. Il assiste aux multiples péripéties tantôt du côté de la bande du Marquis, tantôt depuis le QG improvisé chez Isidro Padron. Il s'amuse même des difficultés de l'inspecteur Serrano à dénouer les fils de cette histoire complexe.

   L'histoire nous permet de découvrir les Canaries autrement que comme le paradis de la bronzette. L'auteur qui vit là-bas depuis sa naissance nous donne à voir un endroit qu'il aime, des paysages bien différents des plages de sable fin, une belle île mais gangrenée par la corruption et bétonnée de manière agressive et déraisonnable.

  J'ai beaucoup aimé ce roman, de facture classique mais extrêmement bien écrit. Une mécanique digne d'une montre suisse et une humanité déglinguée à la tarentino, un excellent combo.