Source: Externe

Ce texte est ma participation à l'atelier de Leiloona. Il s'inspire d'une photo d'Anselme.

Aspirer de grandes goulées d'air imprégné d'humus et d'humidité. Se reposer les yeux en regardant le champ qui borde le parking de l'hôpital. "Quelle idée d'avoir construit un CHU en pleine cambrousse " lui répète souvent son compagnon. Elle ne lui répond même plus. Comprendrait-il son besoin de communier avec les éléments ?D'apaiser au milieu de nulle part son âme chiffonnée par sa longue garde ? Aujourd'hui,une brume légère nappe le paysage familier. Pour Jeanne, infirmière de nuit en soins intensifs, accueillir les premières heures du jour est toujours un moment précieux. Retrouver le dehors après douze heures de confinement. Renouer avec le silence en laissant dans le bâtiment les cris de souffrance ou d'angoisse, les bip d'alerte et les roues des brancards patinant sur le lino des couloirs.

Parfois une trille l'attend quand elle franchit la porte "Sortie du Personnel" et s'avance sur l'asphalte. Un oiseau, sans le savoir, lui offre quelques notes. Sur son visage nu se posent des gouttelettes de rosée. Elle marche tranquillement jusqu'à sa voiture, son gobelet de café à la main. Installée derrière le volant, Jeanne ne démarre pas tout de suite. Elle s'enveloppe dans son plaid et boit son café à minuscules gorgées. Elle savoure cet instant où personne ne la sollicite. Un instant de pause, seule au sein de la nature qui s'éveille. L'instant où la vie renaît et lui permet d'accepter que des coeurs, cette nuit encore, se sont arrêtés.